Comment décrypter ses vêtements ?
« 90% d’acheteurs veulent plus de transparence sur les prix des vêtements et leur mode de fabrication » Plus de transparence, oui mais comment ? Dans les industries alimentaires et cosmétiques, des applications comme Yuka ou Clean Beauty sont alors apparues il y a quelques années pour aider les acheteurs à décrypter leurs produits.
En revanche, dans la mode, ce n’est que beaucoup plus récemment que les prises de consciences ont eu lieu. Le drame de l’effondrement du Rana Plaza à Dacca, au Bangladesh en 2013, dévoilant la rudesse des conditions de travail des ouvrier(e)s travaillant pour les grandes marques de mode y a largement participé.
Aujourd’hui, comment décrypter ses vêtements pour s’habiller de manière responsable ? Quelles solutions existent pour connaître les modes de fabrication d’un vêtement ? Existe-t-il des applications fiables qui puissent éclairer nos choix ?
Besoin d’une mode éthique et éco responsable
Face à la montée des risques écologiques et sanitaires pour la planète, les consommateurs sont nombreux à revoir leurs priorités et leurs modes de consommation. A vouloir acheter de façon plus éclairée, plus consciente, plus éthique. A consommer “mieux”. La transparence sur le contenu et la fabrication des achats est devenue un prérequis. La mode clean n’y est pourtant venue que récemment, sans doute à cause de son côté glamour qui a longtemps fait illusion ou écran. Pour “tout savoir” sur les produits, les applications ont pris une place de choix. A tel point qu’elles ont forcé les marques alimentaires et cosmétiques à revoir leurs formulations ! En mode, créer une appli est bien plus complexe à réaliser, ne serait-ce que par l’absence de données liées aux code-barres sur les vêtements.
Les applis qui décryptent la mode éco responsable
S’habiller selon ses valeurs, ses engagements et avec style est devenu ainsi bien plus facile grâce aux applications, même si elles restent encore peu nombreuses en mode.
L’appli Clear Fashion

Les deux créatrices, Marguerite Dorangeon et Rym Trabelsi, se sont posées la question de la transparence pour créer leur application Clear Fashion avec l’ambition d’y répondre de manière étoffée. En téléchargeant cette application gratuite, on découvre l’impact social et environnemental de ses habits ou de ceux que l’on aurait envie d’acheter. Le tout via un système de notation sur 100, selon 4 thématiques : environnement, humains, santé, animaux. Plus de 150 critères d’impact sont pris en compte. La méthode est 100% indépendante, grâce aux réponses des enquêtes et à l’appui d’un comité d’experts. « Les marques n’ont aucune influence sur notre système d’évaluation » assurent les créatrices. A l’heure actuelle, plus de 300 marques ont leurs engagements décryptés et si la marque cherchée n’est pas référencée, on peut demander son évaluation. Les marques peuvent elles-mêmes envoyer leurs données et mises à jour.
Comment ça marche ?
Tout simplement en scannant le code-barres du vêtement ou bien l’étiquette de la composition. Car si la marque n’a pas fourni elle-même les informations liées aux code-barres du vêtement, l’application ne pourra le lire. Par exemple, The North Face est indiqué comme n’ayant pas souhaité répondre à Clear Fashion. L’application n’a donc pas de données sur les lieux de production ni sur un certain nombre de pratiques. En revanche, elle a décerné des notes selon les informations trouvées par les experts, qui indique 42/100 pour l’environnement (Risques moyens), 35/100 pour les humains (Hauts risques), 51/100 pour la santé (Risques moyens) et un médiocre 7/100 pour les animaux (Très hauts risques). La marque peut à tout moment faire un retour. Les détails sur les marques ayant participé sont disponibles sur le site www.clear-fashion.com, comme Sézane, Veja, Decathlon, Adidas, etc. Une recherche des top marques éthiques peut se faire par catégorie (pulls, jupes, jeans…) et un bilan d’impact de Clear Fashion y est également disponible. Les fondatrices recherchent des ambassadeurs. rices afin de les aider à amplifier leur mission et d’accélérer le mouvement, Go !
L’appli Good on You
Lancée en 2015 en Australie, puis aux Etats-Unis et dans d’autres pays, c’est la première application écoresponsable à avoir noté les marques de mode.
A l’international, l’application Good on You note 2000 marques selon trois critères éthiques : l’environnement, les animaux et l’humain en s’appuyant sur leur rapport, à l’environnement, la faune et les conditions de travail.
Comment ça marche ?
Il suffit de taper le nom d’une marque pour voir la note qui lui est attribuée. Les marques sont classées selon cinq scores : très bon 5, bon 4, c’est un début 3, pas assez bien 2, on évite 1. Un texte justifie la note de la marque. On peut aussi trouver des marques éthiques alternatives si la marque passée au crible a un mauvais score.
L’application et son site web proposent en prime des contenus intéressants, comme les 10 marques de mode françaises les plus éthiques et “sustainable” (ou des marques allemandes, américaines…), les hoodies ou les lunettes les plus écologiques, etc. On peut directement acheter les vêtements des marques clean par un renvoi sur leur site.
Les market place de la mode écoresponsable.
On peut y choisir des vêtements de marques de mode engagées proposées par des ‘market place’ comme Wedressfair, qui rassemble 60 marques, selon une charte visible sur leur site comme par exemple « Chaque vêtement contient minimum 90% de matières écoresponsables.».
Les logos de la mode éthique
Il suffit de directement regarder sur les vêtements si figurent des logos.
- Oeko-tex garantit des textiles sans produits toxiques pour le corps et l’environnement -mais pouvant être issus de fibres synthétiques donc polluantes-.
- GOTS est un label qui assure que le produit est biologique et fabriqué de manière responsable au niveau environnemental et social.
Le clean fashion conseil
Il est recommandé de laver deux fois des vêtements neufs, afin d’éliminer une partie des métaux lourds, formaldéhyde et colorants qui sont cancérigènes, nano particules et autres perturbateurs endocriniens…
Avec la montée des consciences à tous niveaux, les applications et les moyens de décryptage des vêtements et accessoires sont promis à un bel avenir !
La Clean Fashion, c'est quoi ?
Depuis trois ans, la mode et la pollution qu’elle engendre sont pointées du doigt. En effet, la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde.
Selon Greenpeace, plus de 100 milliards de pièces sont produites chaque année, cela donne le tournis ! Les françaises achètent en moyenne 30 kilos de vêtements et accessoires par an. Chaque kilo de linge pollue 200 litres d’eau.
Alors, les marques réagissent et de nouvelles expressions voient le jour : mode éthique, mode écoresponsable, mode durable, mode “propre”, mode transparente, mode respectueuse, mode “upcyclée”, mode consciente, mode “sustainable” et bien sûr clean fashion. Si le mot clean est déjà très utilisé en cosmétique, il n’existe aucune définition officielle. Alors, quelle est la définition de la clean fashion ? Comment s’y retrouver dans toutes ces nouvelles “modes” ? Tour d’horizon.
Une vraie accélération depuis la crise sanitaire de 2020

Sans surprise, les achats de vêtements ont largement baissé en 2020 et des marques renommées ont fait faillite, tant aux USA qu’en Europe (J. Crew, American Apparel, André, Camaïeu, Naf Naf…). Les consommateurs ont eu largement le temps de s’interroger : a-t-on besoin d’autant de vêtements dans nos placards ? est-ce raisonnable d’acheter toujours plus et parfois à bas prix des vêtements qui dureront une ou deux saisons ? De soutenir une industrie polluante et qui détruit énormément de ses invendus ?
En Suède, le mouvement « köpskam », honte de faire du shopping, prend de l’ampleur depuis 2018 et vise spécifiquement le fait d’acheter un vêtement. A l’instar du « flygksam », honte de prendre l’avion, mouvement qui avait fait beaucoup parler de lui mondialement. Mais ce sont les circuits de l’industrie de la mode et son processus qu’il faut repenser.
Plusieurs créateurs de mode ont d’eux-mêmes rédigés des manifestes et chartes pour une mode respectueuse de l’environnement et font déjà des collections en ce sens (Marine Serre et Dries Van Noten notamment). En mai 2020, 600 créateurs et acheteurs ont demandé via une lettre ouverte que la mode initie de profonds changements.
Les premières interrogations et prises de conscience concernaient l’usage de la fourrure, dans les années 80. Depuis cinq ans, tout s’est accéléré via les réseaux sociaux avec la montée de la philosophie « vegan ». Dire que Stella McCartney avait initié ce mouvement au début des années 2000 !
Sous la pression des consommateurs et des défenseurs des animaux, bon nombre de grandes marques ont cessé d’utiliser de la fourrure dans leurs collections (Burberry, Versace, Gucci, Armani, Givenchy, Ralph Lauren, Calvin Klein mais aussi le distributeur de luxe Net-a-porter.com., etc.). Cependant les matières synthétiques utilisées pour réaliser ces fausses fourrures sont aussi problématiques, car très polluantes. Les recherches s’amplifient pour trouver une fourrure écolo satisfaisante. Frédéric Godart, sociologue de mode et professeur à HEC affirme « D’ici une vingtaine d’années, il n’y aura plus de produits d’origine animale dans la mode ». Adieu cuir, soie, laine…
De la Fast Fashion à la Clean Fashion
Nous nous souvenons tous de ces terribles images d’un immeuble abritant une usine de textile s’écroulant au Bangladesh en 2013, faisant plus d’un millier de morts. Toute une partie de l’économie de ce pays est basée sur la fast fashion, mode rapide, qui est une autre problématique. Comment ralentir et arrêter les rendez-vous incessants des « Fashion weeks » à l’origine d’une surproduction massive ? Pendant le premier confinement, de nombreuses marques ont transformé la contrainte en opportunité pour imaginer des évènements digitaux, dont certains étaient particulièrement créatifs
Anti Fashion, une initiative vertueuse pour la Clean Fashion
La grande prêtresse des tendances Li Edelkoort a publié son manifeste Anti Fashion dès 2015. A l’origine pour dénoncer l’absurdité et l’obsolescence du système de la mode, sur tout l’ensemble de sa chaîne. Ce fut un véritable détonateur pour Stéphanie Calvino, qui a alors lancé les Rencontres Anti Fashion à Marseille en 2016. Alertée par le fait que « personne n’apprend aux jeunes créateurs à produire autrement ni au public à consommer différemment », ces journées ont un succès qui s’amplifie chaque année. Et d’autres acteurs indépendants montent des formations, comme les Moocs d’Annick Jehanne, Présidente de FashionGreenHub.org, une association de chefs d’entreprises Mode et Textile fondée en 2015, dont les derniers Fashion Green Days ont eu lieu en janvier 2021.
Upcycling, une option de la Clean Fashion ?
L’upcycling, ou faire du neuf avec du vieux, fait effectivement partie de la clean fashion dans le sens où elle offre des réponses en termes de mode durable et d’économie circulaire. Cela permet d’avoir un bonus ‘vert’ pour les marques ! Le géant H&M l’a bien compris et a lancé dès 2012 sa collection « Conscious Exclusive », qui utilise par exemple des déchets végétaux pour remplacer les fibres synthétiques, à l’instar du ‘cuir’ de raisin Vegea fabriqué à base de peaux, pépins et tiges de raisins post-vendanges. Et c’est encore mieux lorsqu’ils sont associés à des méthodes de teintures propres –une information rarement transmise au consommateur-. Un coton peut être biologique et extrêmement polluant, à cause de sa consommation d’eau et du processus de teintures chimiques ! D’ailleurs, mieux vaut utiliser du lin, biodégradable, qui ne consomme que très peu d’eau et dans lequel « tout dans la plante est utile et utilisé » selon l’enseigne Uniqlo, qui de surcroit n’utilise pas de chimie aux différents stades de transformation de son lin premium.
En tout cas l’upcycling stimule l’innovation et la création. La jeune créatrice Marine Serre (lauréate du prix LVMH 2017) en est une des meilleures représentantes de ce procédé et sa valorisation des anciens vêtements est étonnante. A retenir aussi le travail du label Andrea Crews depuis 2002 et de la marque Les Récupérables, fondée en 2016, qui récupère des tissus non conformes et des chutes de tissus d’ateliers. Une super idée à l’instar de toutes les initiatives alimentaires anti-gaspillages (les légumes moches, Too good to go, etc.).
Mode écoresponsable, une réponse de la Clean Fashion ?

Fin 2019, l’Institut Français de la Mode estimait que la mode durable représentait déjà 7 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Aussi les grands distributeurs et fabricants ont tout intérêt à prendre en compte cette tendance forte ainsi que la sensibilité des consommateurs face à l’impact de la consommation. Une nouvelle attitude qui s’inscrit dans la Clean Fashion.
- Carrefour s’est engagé à ce que ses collections textiles vendues sous sa marque Tex contiennent 100% de matériaux durables et traçables d’ici 2030. Ce qui réduira l’impact environnemental de leur ‘supply-chain’ et de leurs emballages. Un travail sur l’ensemble de la chaîne de valeur à saluer, même si 2030 semble une éternité, à la vue de l’accélération de la dégradation de la biodiversité et du climat.
- Zalando a inclus une offre de mode sustainable (durable), baptisée « Small steps, big impact. » Et incroyable, d’ici 2023, ce leader européen ne distribuera que des marques aux normes écoresponsables ! Reste à voir la définition de ces normes.
- Zara a annoncé « revoir ses standards de qualité et former les créateurs à la circularité. » Encore faudrait-il que ces géants produisent moins, ce qui n’est pas assuré !
- Kiabi a l’ambition d’être 100% durable d’ici 2030.
- Reformation, une des références historiques, née à San Francisco en 2009 est la marque écolo-cool des peoples, portant un super humour via son slogan : « Être nu est la #1 option la plus durable » ! Quantités de matériaux sont bannis, comme le nylon, le polyester, le formaldéhyde (ça alors, il y a même du formaldéhyde dans les vêtements !! Pas étonnant qu’il soit conseillé de laver au minimum deux fois les vêtements achetés neufs…).
- En France, nous avons des marques écoresponsables : Sézane, Atelier Bartavelle, Atelier Tuffery, 1083, les sneakers Ektor, le e-shop wedressfair…
La mode en précommande, une solution de la Clean Fashion ?
C’est une excellente option qui permettrait directement de produire moins et en quantités justes ! Un rêve pour les entrepreneurs qui minorent ainsi leur trésorerie immobilisée et qui, en plus, peuvent demander des avances lors des précommandes. Un modèle vertueux bien utilisé par les DNVB (Digital Native Vertical Brands), de jeunes entreprises nées avec le digital, dans tous les secteurs. La marque Mode Operandi a initié ce procédé en prêt-à-porter haut de gamme en 2010, d’autres ont suivi comme la britannique Pangaia, les français l’Atelier Loden, Maison Cléo et Asphalte.
L’achat en la seconde main, en mode Clean Fashion ?
Les experts disent qu’avant 2030, les ventes de mode en deuxième main dépasseront les achats neufs ! Pour Virgil Abloh, directeur artistique pour homme chez Louis Vuitton et fondateur de la marque Off-White : « La mode, ça va être cesser d’acheter du neuf, ce sera comme aller dans les archives ». La plate-forme Vinted est un vrai succès, surtout en France où elle a été lancée en 2013 (qui connait un ado qui n’a jamais vendu ou acheté sur Vinted ?!) que les grands retailers ont embrayé. Ainsi Zalando offre depuis peu une offre mode « pre-owned » et l’acheteur reçoit un avoir de la valeur de la transaction. Les marques comme Etam, Petit Bateau, H&M se sont mises à la vente d’occasion. Un revirement pour certaines de ces enseignes fondées sur une mode jetable et à bas prix. Et une opportunité commerciale afin de ne pas laisser tout ce marché leur échapper puisque les vendeurs touchent des bons d’achat qu’ils ne peuvent pas aller dépenser ailleurs.
Louer ses vêtements, une alternative à la Clean Fashion
Mais bien sûr, louer sa garde-robe, quelle bonne idée ! Quantité de jeunes entreprises ont fleuri en proposant ce service de location (Everyday Runway, Le Closet, Little Clotherie…). Ce qui est tout à fait cohérent avec nos nouvelles habitudes, puisque depuis 2008 posséder perd de son statut au profit de celui de louer. En mode, cela permet de pouvoir s’offrir le port de belles pièces griffées, sans la dépense importante qui va avec. Ou tout simplement d’avoir le plaisir de renouveler souvent ses basiques. Le seul hic est que cela prive de l’attachement à une pièce dans laquelle on aime se lover et qui nous fait nous sentir bien, que l’on garde souvent très longtemps, voire que l’on transmet ! Et le système de location a aussi l’inconvénient d’être polluant entre le transport et les nombreux nettoyages occasionnés.
Garantir la transparence, le graal de la Clean Fashion ?
Oui, à condition que les matières premières soient naturelles et “green” ! Carrefour a la volonté de les rendre toutes traçables pour ses produits Tex d’ici 2030. La crise sanitaire a été un vrai catalyseur, y compris chez les jeunes générations, pourtant friandes de mode jetable : pour H&M, « Les Digital Natives, ces jeunes consommateurs nés avec le digital, comprennent mieux que quiconque ces problématiques, dans la mesure où ils sont nés avec un accès illimité à l’information ». La transparence devient un critère prioritaire pour les clients et un avantage par rapport à la concurrence : « Ils exigent désormais de savoir comment sont conçus les vêtements et si la chaîne de production est bonne pour la société. Cette génération Z veut aussi savoir si notre impact est positif sur la société ». Maison Standards, lancé en 2013, décrit sur son site chaque étape de production de ses vêtements. Les jeans achetés peuvent être rapportés en boutiques afin d’être recyclés. Everlane, née aux Etats-Unis il y a 15 ans, a fait de la transparence sa devise tout en impulsant ce mouvement des marques nées avec le digital.
Attention au greenwashing
De nombreuses solutions existent pour acheter une mode plus éthique et plus clean, sans sacrifier le look ! La mode écologique et écoresponsable doit être au même niveau de qualité, de confort, d’esthétisme et de design que la mode traditionnelle.
Il s’agit d’être attentif aux revendications des marques, au global de la chaîne et de l’empreinte carbone. Et attention au greenwashing dénoncé par Isabelle Marant « En ce moment, on produit des doudounes en bouteilles recyclées : c’est super de réutiliser des fibres de pétrole. Mais au fond, on est en train de se faire de l’argent sur le dos de l’écologie. Ce n’est pas si vertueux ».
La Clean Fashion ouvre le champ à quantité de questions : quel est le bon volume pour ne pas abîmer la planète, les gens, les ressources ? La question de la production est cruciale. En effet, si les géants mondialisés de la mode produisent moins chaque année, l’économie circulaire ne pourra pas compenser. Alors cette industrie va devoir revoir son modèle en vendant moins, mais des produits de meilleure qualité qui dureront plus longtemps et donc plus chers. Et là, c’est le consommateur qui peut à tout moment décider d’arrêter d’acheter une marque dont les valeurs ne lui conviennent pas ou encore de diminuer ses achats pour suivre une mode plus écoresponsable dans un monde plus clean, lui aussi.
Qu’est-ce que la Clean Clothes Campaign ?
On est tout content d’acheter un tee-shirt à petit prix dans une grande enseigne. Cet achat peut cacher la large contribution de l’industrie de la mode et du textile à l’exploitation humaine avec les salaires moyens les plus bas au monde (source Ademe), des usines insalubres, quand les travailleurs ne sont pas des prisonniers de camps de travail dans des pays totalitaires. Depuis 1989, des ONG et associations se sont fédérées pour informer et faire bouger les choses, c’est la Clean Clothes Campaign.
Responsabiliser les multinationales de l’industrie du textile, faire en sorte que la main d’œuvre – délocalisée dans des pays où son coût est faible et les droits sociaux quasi inexistants – travaille dans des conditions décentes et puisse faire respecter ses droits, telle est la croisade de la Clean Clothes Campaign.
Son ambition : des conditions de travail dignes
Créé aux Pays-Bas en 1989, la Clean Clothes Campaign a pour but de sensibiliser l’opinion sur les conditions de travail des ouvriers des sous-traitants textiles. Cette campagne Clean Clothes internationale a pris de l’ampleur après les différentes catastrophes qui ont eu lieu notamment au Bangladesh dans les années 2000 : l’effondrement de l’usine Spectrum en 2005 (64 morts et plus de 80 blessés), l’incendie de l’usine Tazreen en 2012 (112 morts) et celui de Smart Export en janvier 2013 (8 morts), et évidemment l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza à Daca en 2013 (1127 morts). Cette année, c’est le sort des Ouïghours, communauté turco-musulmane de Chine, placée en camps de travail forcé et utilisée comme main d’œuvre par de grandes marques, qui remet ce sujet sur le devant de la scène. Ainsi que celui des sous-traitants non payés par de grandes enseignes pendant la première vague de la pandémie de Covid-19.
La Clean Clothes Campaign a ainsi élaboré un « Code du Travail » pour l’Industrie du textile et du sportswear qui pose, entre autres principes, un âge minimum, des heures fixes de travail, des équipements sécurisés et le droit à un salaire décent. La Clean Clothes Campaign fait pression sur les distributeurs et les fabricants afin qu’ils adoptent ce « Code of Labour Practices », code des pratiques au travail. Elle œuvre aussi pour l’égalité salariale, le droit des femmes et le droit du consommateur à connaître l’impact social des produits qu’il achète.
Un réseau planétaire

Aujourd’hui la campagne Clean Clothes fédère un réseau de 230 associations à travers le monde, organisations non-gouvernementales (ONG) comme syndicats de travailleurs avec des coalitions régionales en Europe, Asie du Sud, Asie du Sud-Est, Asie orientale.
Elle milite dans 15 pays européens : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède et Suisse.
Photo : © Clean Clothes Campaign
Les moyens d’actions de la Clean Clothes Campaign
Le réseau d’associations et ONG œuvrant au sein de cette organisation s’adresse à la fois à des acteurs privés et publics. Lesquels ?
- Les marques et les distributeurs, pour qu’ils veillent aux conditions de production des marchandises qu’ils commercialisent, garantissent que leurs pratiques d’achat favorisent le progrès social chez leurs fournisseurs et sous-traitants en insistant sur la liberté syndicale, se soumettent à des vérifications indépendantes incluant les acteurs concernés (syndicats, ONG, mouvements de consommateurs, représentants des pouvoirs publics)
- Les États et les institutions internationales, pour qu’ils garantissent l’application et le respect des droits sociaux fondamentaux issus des conventions de l’OIT (Organisation Internationale du Travail)
- Les collectivités territoriales pour qu’elles s’engagent à faire des achats éthiques
- Les citoyens, par le biais de campagnes d’informations sur le coût réel des vêtements et sur tout ce qui se cache derrière les produits revendiqués éthiques. Avisés, ils deviennent alors des consommateurs capables eux aussi de faire pression sur les pouvoirs publics, libres d’acheter ou non certains produits et de dénoncer eux aussi les marques non éthiques
En France, Le Collectif Ethique sur l’Étiquette

Le Collectif Ethique sur l’Etiquette est le nom de la branche française de la Clean Clothes Campaign. Association Loi 1901, elle regroupe une vingtaine d’associations de solidarité internationale, des syndicats, des mouvements de consommateurs et des associations d’éducation populaire. Son action dépasse le secteur de l’habillement et se concentre sur tous les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, incluant les jouets ou les articles de sport.
Le cuir végétal est-il un cuir clean ?
Qu’est-ce que le cuir végétal ? Sous cette appellation qui sonne presque comme une contradiction se cachent toutes sortes de matières.
On lit parfois sur l’étiquette d’un article de maroquinerie “cuir végétal”. Or, par définition, un cuir est une peau d’animal tannée et teinte. Que ce soit par souci de la condition animale ou par préoccupation environnementale, le cuir, cette belle matière, pose un véritable problème. D’une part, l’élevage consomme d’énormes quantités d’eau, est responsable de 6 % de la production des gaz à effet de serre et peut engendrer une déforestation. D’autre part, le tannage, réalisé le plus souvent avec du chrome, est fortement consommateur d’eau et émet des rejets toxiques. D’où la recherche d’alternatives qui regroupent différentes matières et techniques, moins polluantes et plus clean pour la planète.
La différence entre le tannage classique et le tannage végétal
À côté du tannage classique, minéral et toxique, il existe le tannage végétal. Et c’est ce tannage végétal qui, récemment, justifiait la mention « cuir végétal » sur les produits.
Le cuir au tannage classique

Le tannage est l’étape qui consiste à transformer par un traitement chimique une peau très hydratée (donc putrescible) en cuir, c’est-à-dire en matériau imputrescible, résistant et peu hydraté. Dans plus de 80 % des tanneries, surtout celles installées en Inde ou au Bangladesh, ce tannage utilise les sulfates de Chrome. Plus rarement, ce sont les sels d’aluminium (5 % de la production) ou les sels de zirconium qui sont employés. Ils permettent un tannage rapide (24 h) et peu coûteux, au détriment des travailleurs et de l’environnement. Heureusement, certaines tanneries appliquent aujourd’hui une réglementation stricte sur les conditions de travail (protection, ventilation des pièces, stockage des produits chimiques, etc.) et l’impact environnemental (traitement des eaux usées ou fonctionnement en circuit fermé).
Le cuir au tannage végétal

Le cuir reste d’origine animale, mais le tannage se fait avec des extraits végétaux :
- Bois de châtaignier, quebracho, chêne, cachou,
- Ecorces de chêne, mimosa, pin, épicéa, saule, bouleau ou palétuvier
- Racines de bruyères, canaigre
- Feuilles de sumac, gambier
Le cuir à tannage végétal dure de 10 jours à 8 semaines, selon le traitement.
S’il est incomparablement moins polluant que le tannage minéral, ses conséquences sur l’environnement ne sont pas négligeables : les modifications chimiques et les traitements industriels (coupe des arbres, traitements pour l’extraction des tanins…) persistent.
L’éco-cuir

Richard Wool, professeur et ingénieur américain, a inventé un éco-cuir reposant sur l’association, sous haute pression, de matières naturelles comme le coton (ou le lin) avec le maïs (ou le soja) et des huiles végétales. Il a reçu de nombreux prix pour cette invention prometteuse, dont le World Green Design Award, le Grand Prix des innovations écologiques, en 2014.
Cette matière aurait des caractéristiques très proches de celles du cuir : résistance à l’eau, perméabilité à l’air et robustesse. Elle serait moins chère à produire et biodégradable. Des grandes marques de sport étaient intéressées par le concept, mais il semble que la disparition en 2015 du professeur ait ralenti son essor.
Les cuirs végan, en voie de développement
Ce sont des cuirs d’origine 100 % végétale, avec en prime un impact environnemental quasi nul.
Le Pinatex ou cuir d’ananas
Inventé par l’Espagnole Carmen Hijosa après 7 années de développement, ce cuir végétal est fabriqué à partir des feuilles de l’ananas. Ce sous-produit des récoltes de fruits est biodégradable avec un impact environnemental minime. Les fibres des feuilles récoltées donnent, après mixtion, un matériau résistant et souple, comparable au cuir et qui peut bénéficier d’un finissage pour lui donner une texture particulière (grainé par exemple).
Le cuir d’eucalyptus
Créé par l’Allemand Fabian Stadler, ce matériau très résistant après transformation des fibres issues des feuilles d’eucalyptus, est produit en Allemagne sans pesticides et en circuit court uniquement, pour une ligne de ceintures sous la marque Noanifashion.
Le cuir de champignon
Le « Muskin » (mot obtenu à partir de mushroom et skin) s’obtient à partir des têtes de champignons, sans tannage chimique. On doit cette invention à une entreprise italienne : Grado Zero Innovation. À la fois biodégradable et écologique, ce cuir de champignon ressemble au cuir suédé. Perméable à l’air et naturellement déperlante, cette matière organique empêcherait aussi le développement des bactéries.

Fruitleather ou cuir anti-gaspillage alimentaire

Après avoir pris conscience que les commerçants du marché de Rotterdam jetaient chaque jour environ de 3,5 tonnes de fruits abîmés, un groupe d’étudiants de cette ville crée un “ cuir de fruit”. Au cours de leurs essais, les jeunes créateurs remarquent que la combinaison de différents fruits donne différentes textures, couleurs et propriétés et que le Fruitleather peut se décliner en maroquinerie, ameublement et décoration. Doté d’une grande résistance, ce nouveau cuir végan ne se périme pas. Inodore, il n’attire pas les insectes.
Vegea ou cuir de raisin
Né en Italie, c’est un des petits derniers et des plus prometteurs des cuirs végan. La société milanaise Vegea a breveté ce procédé pour transformer le marc de raisin, soit l’ensemble des matières solides et sèches (peau, tiges, pépins) qui restent après le pressurage ou foulage des raisins. Avec quelques 7 milliards de tonnes annuelles de ces déchets issus du vin, le cuir de raisin a de l’avenir. D’ailleurs, il a déjà été lauréat du Global Change Award de la fondation H&M et du prix de l’innovation 2017 des PETA fashion Awards. Il a même séduit la marque Bentley pour recouvrir l’intérieur de ses voitures.
Le cuir de pomme
Alberto Volcan, ingénieur du Tyrol, a créé un cuir à base de jus et de compote de pommes. Soutenu à ses débuts par la Province de Bolzano, dans le Nord de l’Italie, pour l’élaboration de ses premiers prototypes de Cartamela (papier-pomme), il s’associe quatre ans plus tard à la start-up Frumat, spécialisée dans le recyclage de déchets. Les premières applications du recyclage des déchets de pommes vont du papier kraft, des mouchoirs, du papier toilette, jusqu’à une large gamme de cuirs d’épaisseurs et rendus multiples. Frumat a été récompensée du prix de la Technologie et de l’Innovation de Green Fashion Carpets de Milan en 2018.
Sur un marché de la maroquinerie en progression constante depuis quelques années, les propositions éco-responsables alternatives au cuir se multiplient et séduisent de nouveaux acteurs comme les grands noms du luxe, des équipementiers de sport et de l’habitat. Ces fibres possèdent un double avantage : une optimisation des ressources de l’industrie agroalimentaire et la capacité à s’adapter à n’importe quel produit de maroquinerie.
Textile et pollution : la prise de conscience de la mode
La mode, la mode, la mode… Pourquoi l’industrie de la mode est-elle actuellement montrée du doigt ? Et surtout, quelles sont les pistes à suivre pour préserver une planète Clean et les solutions à mettre en place pour éviter qu’elle ne devienne la première victime de la mode ?
Avant tout, quelques chiffres pour mieux comprendre :
- En Europe, un rapport du Parlement européen (datant de début 2019) considère la mode comme le 4ème secteur le plus polluant après le logement, l’alimentation et les boissons, le transport.
- Dans le monde : l’industrie de la mode est considérée comme la deuxième industrie la plus polluante, après l’industrie du pétrole.
- 100 milliards : c’est la quantité de vêtements vendus chaque année dans le monde.
- 20 kilos : c’est la quantité colossale de vêtements que nous achetons en moyenne par an ! Pour finalement porter toujours les mêmes habits.
Les positions dans le top des pollueurs varient… mais le constat est accablant. Derrière les strass et les paillettes, l’industrie de la mode est extrêmement polluante. Comment expliquer cela ? Consommation excessive d’eau pour les matières textiles (notamment le coton), utilisation de polluants (notamment pour les colorants), dégradation des sols près des usines textiles, émissions de CO2, mais aussi haute empreinte carbone des transports des articles finis. D’autant que la mode est un éternel recommencement. Ce qui était tendance l’année précédente est “has been” ou presque cette saison, ce qui favorise la surconsommation et les dressings qui débordent. Les placards sont pleins à craquer, mais on n’a jamais rien à se mettre. Sans oublier les « erreurs » d’achats avec des habits qui ne seront jamais portés, mais bon « à ce prix-là, difficile de résister ! »
Bienvenue dans l’univers de la Fast Fashion !
Les dérives de la Fast Fashion

Fast Fashion comme Fast Food… une étymologie qui n’augure rien de bénéfique. Une mode aussitôt consommée, aussitôt jetée. Si les procédés de l’industrie de la mode sont aujourd’hui dénoncés, notamment l’utilisation de textiles moins durables qui s’usent vite, on peut aussi s’interroger sur l’attitude du consommateur. D’après Erwan Autret, Coordinateur de Pôle, Service Produits et Efficacité Matière (ADEME), déclarait « La moitié de l’impact est dû à la production, mais on oublie aussi la moitié de la pollution liée au consommateur : parce qu’il achète trop, parce qu’un tiers seulement des vêtements partent dans les bons bacs et peuvent ainsi être valorisés, parce qu’il consomme beaucoup d’eau en lavant son linge… »
En clair : on achète plus, on lave plus, on ne jette pas dans la bonne poubelle. Ainsi, certains habits ne sont portés qu’une dizaine de fois avant de finir leur vie dans les recycleries ou autres décharges. Dans le monde, le débarras d’habits encore portables représenterait ainsi une perte de 460 milliards de dollars par an.
Comment agir ?

En 2019, 32 industriels de la mode (prêt-à-porter, sport, lifestyle et luxe) ont signé, dans le cadre du sommet du G7 à Biarritz, le Fashion Pact (pacte de la mode) visant à réduire drastiquement l’impact environnemental du textile en se focalisant sur trois axes forts : réchauffement climatique, restauration de la biodiversité et protection des océans. Une très belle initiative, mais depuis on en n’entend plus trop parler. D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) « C’est à nous tous d’agir pour limiter les impacts de la mode sur la planète ! ».
L’important n’est pas de boycotter la mode (car de nombreux emplois dépendent aussi de ce secteur), mais de faire preuve de bon sens et d’acheter en conscience. Cela vous évitera sans doute d’acquérir une énième robe noire dont vous n’avez pas besoin ! La période la plus délicate ? Les soldes bien sûr avec toutes ses tentations plus désirables les unes que les autres. Profiter des soldes en conscience, c’est comme faire ses courses en période de régime : on se tient à sa liste d’achats (nécessaires ou préalablement repérés) et on essaye de ne pas craquer pour… toutes les autres tentations (un vrai challenge !). Autre possibilité: faire régulièrement une détox-placard en triant, en recomposant des looks différents et redécouvrant des petits trésors cachés dans la penderie. Ce qui est désormais inutile ira directement dans les bacs à recyclerie vers une deuxième vie si on ne peut pas les donner directement à quelqu’un.
Un impact environnemental trop élevé
L’industrie textile a un fort impact environnemental… Mais de quoi parle-t-on exactement ? En plus de l’empreinte carbone d’un produit (l’émission de gaz à effet de serre qui lui est imputable), la notion d’impact environnemental inclut d’autres facteurs comme la consommation d’eau (il faut par exemple 7500 litres d’eau pour fabriquer un seul jean !), les rejets toxiques ou l’énergie nécessaire provenant des ressources fossiles.
Des vêtements qui font le tour du monde


« Si tu veux savoir quelle va être la couleur à la mode en Europe pour la prochaine saison, alors va voir de quelle couleur est la rivière ». Cette plaisanterie en Asie souligne une triste réalité, celle de l’impact direct sur les ressources naturelles. En effet, l’industrie textile utilise de nombreux colorants polluants pour les vêtements: les éthoxylates de nonylphénol (NPE) pour fixer les couleurs, des colorants azoïques, des phtalates pour les éléments en plastique, du formaldéhyde, réputé cancérigène, pour les vêtements sans repassage…
Conçus à l’autre bout du monde (pour des raisons économiques évidentes), les vêtements vont ensuite voyager longtemps avant d’arriver dans votre penderie. Matières premières produites dans un pays, articles finis fabriqués dans un autre. En voyageant ainsi les articles de mode accumulent les miles en gaz à effet de serre. D’après le magazine Science et vie, « la mode émet 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre contre par exemple, 0,532 pour les vols internationaux. » Ce mode de fabrication ne date pas d’hier, mais depuis peu, la prise de conscience écologique générale rejette ce fonctionnement à l’impact environnemental trop fort.
Comment agir ?

Commencer par changer sa façon de consommer les Jeans… et privilégier les marques écoresponsables comme Fairblue Jeans ou Made in France comme 1083 jeans, les Ateliers de Nîmes, Atelier Tufery ou encore le Gaulois Jean. C’est toujours par des petits pas qu’on avance. D’après le communiqué de c, en 2020, moins de 5 % des jeans produits dans le monde ont été conçus de façon écoresponsable… voilà une grande marge de manœuvre !
Des vêtements qui consomment beaucoup trop d’eau
Aborder la consommation d’eau nous plonge directement dans le mode de production. Par exemple, toujours d’après Science et vie « la production de textiles (culture de coton compris) nécessite environ 93 milliards de m3 d’eau par an. » Soit, pour mieux comprendre en image, un t-shirt équivaut à 70 douches environ (une douche = 38,6 litres d’eau). Mais on en oublierait presque l’eau utilisée chez soi lors du lavage des habits. Et là, c’est le drame, car les vêtements, notamment ceux en matières synthétiques ou en matières polluantes rejettent des microfibres plastiques qui finissent dans les océans.
Comment agir ?
D’après le rapport très instructif de WWF (World Wide Fund for Nature), la consommation d’habits dans le monde n’a pas prévu de décroitre (notamment à cause de l’augmentation du nombre d’habitants). Ainsi, la fondation WWF a identifié trois leviers d’action concernant le monde de la mode :
- L’efficience écologique : réduire l’impact sur l’environnement tout au long de la chaîne de création de l’industrie de l’habillement et des textiles, en commençant par exemple sur les économies d’utilisation d’eau.
- L’innovation et transformation : trouver des technologies permettant de limiter l’exploitation des ressources.
- La consommation durable : consommer moins, mais mieux et miser sur l’engagement des consommateurs pour valoriser les marques impliquées dans ce processus de changement. Consommer moins, mais mieux. Et stopper cette surconsommation, cette surproduction et cette sur-pollution.
Le recyclage, LA solution ?

Pas si simple de répondre par oui… même si de prime abord on pourrait penser que c’est une évidence. En fait, il existe deux types différents de recyclage. Le premier propose une nouvelle vie aux vieux textiles en les transformant en chiffon tout neuf, en isolant pour bâtiment, ou en fil. Une façon maligne d’ainsi limiter la production de coton, grosse consommatrice de pesticides et d’eau… C’est parfait sur le papier, mais pas si évident en pratique, car les pièces à recycler peuvent contenir des pièces non-recyclables (comme les rivets des jeans par exemple). Sans oublier qu’il faut là aussi transporter avant de transformer. Enfin, l’effet pervers est aussi de dédouaner le consommateur qui peut continuer à acheter ce dont il n’a pas besoin sous prétexte qu’au pire ça part au recyclage. La meilleure façon de limiter l’empreinte reste quand même de moins acheter, même si on continue à aimer la mode et son univers. Il faut changer sa façon de la consommer et penser aussi aux marchés de la seconde main, les friperies et autres ventes sur Instagram de comptes spécialisés en vintage (@odael_vintage, @biquette_market, @la_pagaille_friperie…).
Vers une étiquette énergétique ?
Comme pour les achats d’électroménagers, on peut imaginer dans un futur proche l’obligation pour chaque vêtement d’une « étiquette énergétique » (avec un système de notation simple et universel A, B, C, D, E…) pour indiquer aux consommateurs l’impact environnemental du t-shirt qu’ils sont sur le point d’acheter. Enfin, une clarification des labels aiderait aussi le consommateur à y voir plus clair. Au rayon des vêtements responsables, pas facile à s’y retrouver sans une bonne prise de tête. Entre le label Oeko-Tex (certifie des produits sans substances toxiques pour l’homme et l’environnement), le label Fair Wear Foundation (certifie des conditions de travail équitables pour les travailleurs du textile dans les entreprises adhérentes), le label Max Havelaar (pour le commerce équitable) ou label Origine France Garantie…

Auteur du récent livre « Ma Transition écologique, Comment je me suis radicalisé » (éditions Novice/France Culture), Hervé Gardette présentateur star de l’émission de radio « La transition » sur France Culture souligne qu’aujourd’hui « dans l’approche marketing, en plus du prix et de l’esthétique, le côté durable, éthique et responsable, est devenu un argument de vente. » C’est plutôt une bonne nouvelle si la mode devient plus respectueuse de l’environnement et si ce n’est pas du greenwashing évidemment. Car certaines marques n’hésitent pas à se donner bonne conscience en lançant des lignes vertes sur tout rapport alors que le reste de la collection laisse à désirer.
Bref, on va y réfléchir à deux fois avant de craquer pour cette petite robe qui nous fait de l’œil en vitrine !
La slow fashion va-t-elle détrôner la fast fashion ?
À l’heure de la fast fashion, du « vite acheté, vite jeté », une nouvelle tendance émerge avec le retour des vêtements de qualité répondant à la tendance de la Clean Fashion fabriqués dans des conditions plus éthiques et faits pour durer. Cette nouvelle « slow fashion » va-t-elle détrôner la fast fashion ?
« Achetez moins. Choisissez bien. Faites durer ». Cette citation de la célèbre créatrice anglaise, Vivienne Westwood, définit parfaitement l’opposition entre la « fast » et la « slow fashion ». Apparue dans les années 90, la « fast fashion » (en français « mode rapide », en référence à la « fast food ») se caractérise par des vêtements bon marché, produits dans des conditions néfastes pour l’environnement comme pour les droits des travailleurs qui les fabriquent, et qui sont vite oubliés au fond du placard ou mis à la poubelle. Depuis quelques années, la « slow fashion » (mode lente) s’y oppose, en proposant une mode alternative, plus vertueuse.
Comment la frénésie de nouveautés alimente la fast fashion ?
Fini les simples collections Printemps-Été et Automne-Hiver. Depuis une dizaine d’années, le rythme de renouvellement des articles sur les portants des grandes enseignes n’a cessé de s’accélérer.
L’accélération des tendances



Pour coller au plus près des tendances repérées lors des défilés de la Fashion Week et attirer leur clientèle le plus fréquemment possible, certaines enseignes (Zara, H&M, Primark…) n’hésitent pas à proposer des nouveautés et des collections capsules ou « collab » alléchantes plusieurs fois par mois. Copier les grandes marques, produire industriellement et à bas prix des produits de moindre qualité, fabriqués dans des conditions déplorables par une main d’œuvre exploitée, et fortement polluants à l’étape de la production comme en fin de vie… les vêtements sont devenus des objets de grande consommation, éphémères et jetables.
Le Vite acheté, peu porté, vite jeté

Chaque saison, pourquoi se priver ? On peut acheter pour 5, 10, 15 € de nouveaux tee-shirts, un jean avec la dernière coupe mode, une robe avec l’imprimé qui fait le buzz. À peine quelques mois plus tard, les voilà oubliés, démodés, abîmés. Direction : poubelle !
Suivant les études, les Français achètent entre 9 et 30 kg de vêtements par an, dont seul 30 % sera régulièrement porté, en donneraient 3 kg, et moins d’un quart sera recyclé (source NOVETHIC). Les chiffres de l’industrie révèlent que les vêtements ont désormais une durée de vie de deux à dix ans (un à deux ans pour les sous-vêtements et t-shirts, quatre à six pour les costumes et les manteaux).
Un gâchis combattu par les pouvoirs publics
600 000 tonnes de vêtements sont jetées chaque année en France. Or, la mauvaise qualité de la majorité d’entre eux rend leur réutilisation compliquée et leur revente peu intéressante. Leur composition mixte fait qu’il est impossible de recycler. Sans compter certaines pratiques des marques et distributeurs : début 2018, des photos postées sur Facebook montrant des manteaux et blousons de la marque Célio, lacérés et jetés à la poubelle dans une rue du centre de Rouen, avaient provoqué émoi et colère. Ce scandale intervenait trois semaines après la diffusion d’un reportage au Danemark affirmant que H&M aurait brûlé près de 12 tonnes de vêtements depuis 2013.
le résultat fut le vote de la Loi Anti-gaspillage adoptée à l’unanimité fin 2019 et de la Loi Économie circulaire votée en janvier 2020. À partir de 2022, les marques auront interdiction de jeter ou brûler leurs invendus non-alimentaires.

La slow fashion, une mode clean et raisonnée
Produire moins, mais mieux d’un côté. Acheter moins, et de façon réfléchie de l’autre. La slow fashion est née de cette envie de revenir à l’essentiel. S’y reconnaissent les consommateurs décidés à faire plus attention à leur impact social et environnemental et les marques qui proposent des gammes de produits plus intemporels, conçus pour perdurer aux fils des saisons. Ce mouvement veut mettre un terme au gaspillage, préserver notre environnement et prendre en compte l’humain : en somme une mode éthique, durable et engagée. Qualité, protection de l’environnement et des travailleurs, équité, production limitée, cycle de vie du produit repensé sont autant de valeurs représentant les marques de la slow fashion. Certaines, comme la marque ForLife ont même choisi d’indiquer sur leur site la provenance des matières premières, l’emplacement des usines de production et le coût de fabrication, en toute transparence. Un label baptisé Slow we are a même été créé.
La slow fashion, simple retour en arrière ?

La slow fashion propose une alternative viable et responsable à la fast fashion. Mais si l’on y pense, cela ressemble bien à un retour en arrière. Avant l’avènement du « Prêt-à-porter », on n’achetait que très peu de vêtements et on les portait très longtemps quitte à en recycler le tissu sous une autre forme. Et depuis longtemps, certaines marques, comme Agnès b., APC ou LDB design by, proposent des vêtements fabriqués en France ou en Europe, au design intemporel, aux matières de qualité et fabriqués pour durer.
La slow fashion a le vent en poupe et toutes les marques qui se créent dernièrement se revendiquent de cette mouvance. Revers de la médaille de ce succès, ces marques sont pléthores aujourd’hui !
Quelles sont les matières les plus polluantes ? Comment les éviter ?
Qu’il s’agisse de fibres naturelles, artificielles ou synthétiques, les matières premières de l’industrie de la mode font payer un lourd tribu à la planète. À commencer par les 4 % d’eau potable mondiale utilisée pour produire des vêtements.
Si l’on retrace la chaîne de transformation d’un vêtement, quasiment toutes les étapes sont source de pollution : la production des fibres naturelles avec l’élevage ou la culture, la production des fibres synthétiques, la transformation de la matière première brute en fil (filature), le tissage, la confection, la distribution avec ses transports, et l’entretien. Ainsi, l’une des phases contribuant le plus au réchauffement climatique via les émissions de CO² est la production de matières premières qui concentre en moyenne 35 % des émissions (8 % pour la laine et 72 % pour un anorak). Par ailleurs, la teinture et le traitement des textiles sont à l’origine de 20 % de la pollution de l’eau dans le monde.
Le Coton, un fléau pour l’eau

Il représente le quart des matières premières qui entrent dans la composition de textiles, soit 17,7 millions de tonnes en 2015. Or, l’impact environnemental de la culture du coton conventionnel est alarmant. Il couvre environ 2,5 % des surfaces cultivées mondiales, et en 2016, 64 % du coton cultivé dans le monde était génétiquement modifié. Mais surtout, le coton engloutit des quantités d’eau phénoménales pour sa culture.
Le coton dévore l’eau
La culture du coton nécessite beaucoup de temps, beaucoup de soleil, 120 jours arrosés pour assurer sa croissance, puis un temps sec en fin de cycle végétatif. Ces conditions climatiques se rencontrent généralement sous les latitudes tropicales et subtropicales. Pour compenser les écarts de précipitations et leurs distributions aléatoires, les exploitants ont recours à l’irrigation. D’ailleurs, 50% des surfaces cultivées sont irriguées. De ce fait, le coton est le troisième consommateur d’eaux d’irrigation de la planète après le riz et le blé, et devant le maïs et les fruits et légumes. Selon les techniques utilisées, il faut entre 5 000 et 17 000 litres d’eau pour produire 1 kg de coton.
Pour trouver ces eaux d’irrigation, on a détourné l’eau des rivières, des lacs et des nappes phréatiques. C’est ainsi que la culture intensive du coton a engendré l’une des plus grandes catastrophes environnementales du XXe siècle. Dans les années 1960, les pays d’Asie centrale (aujourd’hui Kazakhstan et Ouzbékistan) ont été transformés en champs de coton sous l’impulsion de l’Union soviétique. Les précipitations ne suffisant pas, les eaux des principaux affluents de la mer d’Aral ont été détournées. La mer d’Aral a ainsi perdu 75 % de sa surface et 90 % de son volume entre 1960 et 2005, ce qui a donné une eau plus salée, anéanti presque toutes les formes de vie et provoqué une hausse de la mortalité infantile, des cancers, anémies et des maladies respiratoires chez les populations alentour.
Mais l’eau est aussi nécessaire à toutes les étapes de fabrication, notamment pour appliquer teintures et produits chimiques. Le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) a conçu un indicateur, « l’empreinte eau », pour indiquer le volume d’eau douce consommé par la fabrication d’un produit. Cet indice, qui tient compte de chaque étape du processus de production, a permis d’évaluer la fabrication d’un t-shirt en coton de 250 grammes à 2720 litres d’eau douce – soit plus de 13 baignoires – et à 7 500 litres pour la fabrication d’un jean.
Le coton pollue l’eau
La culture du coton nécessite énormément d’eau, mais aussi de pesticides : elle représente 25 % des insecticides, 10 % des herbicides utilisés et 4 % des fertilisants à l’azote et au phosphore utilisés dans le monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Autant de produits qui se retrouvent dans l’eau potable, ruisselant des champs de coton jusqu’aux rivières et/ou aux nappes phréatiques. Le coton pollue aussi lors de sa filature : les fils sont enduits d’huile ou de cire pour résister aux fortes sollicitations des machines de tissage industriel. Et les tissus devront être ensuite lavés pour être débarrassés de ces lubrifiants. Cette étape très polluante rejette beaucoup de nitrates et phosphates dans l’eau et détruit ainsi les écosystèmes.
Le coton bio, mieux mais pas parfait
Le coton biologique a été lancé en 2005 par l’association Max Havelaar. Il permet de mieux préserver la terre qui n’est pas épuisée par la culture intensive. Mais pour qu’un coton soit bien moins polluant, il faut le laisser pousser en l’irriguant le moins possible, et veiller à ce que les traitements par teinture n’utilisent ni métaux lourds, ni composés azoïques. Le blanc doit être obtenu par eau oxygénée et non au chlore, ce qui n’est pas toujours le cas.
La laine, la plus polluante

Qui pourrait imaginer que son pull si doux et si chaud, fait en matière naturelle totalement biodégradable, est en réalité une catastrophe environnementale ? Et pourtant ! Le rapport du Global Fashion Agenda a montré que la laine de mouton fait partie des 5 matières les plus polluantes à fabriquer au monde.
Le mouton, un grand producteur de méthane
Chaque ovidé produit chaque jour près de 30 litres de méthane émis dans l’atmosphère. C’est bien plus que leurs amis bovins tant décriés. Surtout quand on sait qu’ils sont 1 milliard pour produire 2 millions de tonnes de laine ! Or, le méthane a un impact 28 fois plus important que le dioxyde de carbone sur le réchauffement climatique. En Nouvelle-Zélande, 3ème plus grand producteur de laine après la Chine et l’Australie, 90 % des émissions de gaz à effet de serre sont dus à l’élevage des moutons. De plus, le fumier des animaux d’élevage pollue l’air, mais également la terre et les eaux. Sans compter que l’élevage de bovins est responsable de déforestation (notamment en Angleterre et aux Pays de Galles, où les terres sont défrichées et les arbres coupés), et de l’appauvrissement des sols (car les bêtes broutent).
Le traitement de la laine, fortement polluant
Après la tonte, la laine est nettoyée. Car la laine brute est fortement chargée en impuretés (250 à 600 kg par tonne) : sels organiques, terre, graisse. Le lavage de la laine entraine aussi l’évacuation de matières organiques et de polluants des pesticides diffusés sur les moutons. Ce procédé entraine une telle pollution que les plus gros producteurs de laine préfèrent envoyer cette matière première en Asie pour la faire laver. Enfin, blanchiment, teinture, impression, apprêt impliquent aussi l’utilisation de produits chimiques rejetés dans les eaux usées. Heureusement, en Europe contrairement aux pays d’Asie, les producteurs sont obligés de traiter leurs eaux usées avant de les rejeter.
Les matières synthétiques, source importante de microplastiques

Dans le prêt-à-porter, depuis 2006, l’utilisation des fibres synthétiques, polyester en tête (mais aussi polyamide, nylon, lycra) dépassent celle du coton, car elles sont peu chères et plus résistantes. On en produit plus de 40 millions de tonnes par an.
A base de pétrole
Le polyester est la matière synthétique la plus fabriquée. Or, 70% de sa production vient du pétrole, ressource fossile non renouvelable. Cette production représente environ 40% des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie textile, à cause notamment des gaz émis lors des phases d’extraction et de transformation du pétrole.
Le lavage, source de microplastiques
Le plus gros impact environnemental de la mode n’est pas dû aux matières premières, à la production ou au transport, mais au lavage des vêtements, et notamment ceux qui sont en matière synthétique. Outre la quantité d’eau et d’énergie utilisée et le rejet des détergents, ces fibres relarguent des microparticules de plastique, ensuite rejetées dans les océans où elles mettent des décennies à se dégrader. Plus du tiers (35 %) des microplastiques évacués dans les océans viendrait du lavage de textiles, selon l’Union Internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Ceci représente 500 000 tonnes, l’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques.
Les matières artificielles, une alternative à améliorer
On appelle matières artificielles, les différentes catégories de viscose obtenues à partir de ressources naturelles telles que la cellulose de bois (bambou, maïs, soja, hêtre ou eucalyptus). Présentées comme des alternatives durables et biodégradables au coton et au polyester, les viscoses de bambou, d’eucalyptus ou de bois (commercialisées sous le nom de Modal) sont prometteuses, mais leur fabrication a des effets négatifs sur l’environnement.
Elles favorisent la déforestation

Pour fournir le bois nécessaire à la production de ces matières artificielles (5 millions de tonnes), 70 millions d’arbres sont abattus chaque année – soit 140 000 hectares en moyenne – et uniquement pour répondre à la demande de l’industrie textile. De plus, les agriculteurs, qui pratiquent la monoculture, détruisent la biodiversité. En effet, ces monocultures, qui puisent toujours les mêmes nutriments dans le sol et l’épuisent, obligent les agriculteurs à utiliser pesticides et engrais.
Une transformation polluante
Le procédé viscose est très gourmand en eau lors de sa fabrication : 400 à 11 000 litres d’eau pour fabriquer 1 kg de viscose. La pulpe de bois, dissoute dans des bains de soude caustique pour obtenir une masse floconneuse, est mélangée à du disulfure de carbone pour faire la pâte utilisée à travers la filière. Enfin, les filaments obtenus sont refroidis dans un bain de sulfates et d’acide sulfurique. Ces produits chimiques agressifs, qui restent en partie dans les tissus fabriqués à partir de viscose malgré les traitements (teinture, impression, finitions, lavages …), sont toxiques pour la main d’œuvre comme pour le consommateur.
Le Tencel, la fibre écologique
Le Lyocell, né aux États-Unis dans les années 1970, devenu la marque déposée Tencel (par l’entreprise allemande Lenzing AG qui l’exploite), est une fibre écologique créée à partir de pulpe de bois d’eucalyptus, de bambou ou de feuillus. Il est fabriqué à partir de fibres de bois issues de forêts gérées durablement (certificat PEFC-FSC), dont les arbres consomment peu d’eau. L’eucalyptus n’a besoin que de la quantité d’eau de pluie pour grandir, sans pesticides ni système d’irrigation intensif contrairement au coton. De plus, le rendement du Tencel est dix fois plus important pour la même surface cultivée que celle du coton. Son procédé de fabrication breveté est aussi plus propre que la viscose. La cellulose, dissoute dans un solvant non-toxique (l’oxyde d’Amine), est récupéré et recyclé à 99,77 %. Le Lyocell affiche un faible impact environnemental grâce à sa production dans un circuit à boucle quasi-fermée.
3 solutions éco-responsables
Comment opter pour une mode plus clean ?
1- Choisir lin, chanvre ou Tencel

Le lin, biodégradable, est une culture très peu gourmande en eau et facilement bio. De plus, tout dans la plante est utile et utilisé. Enfin, c’est une culture locale, car la France est l’un des plus grands producteurs de lin au monde.
Le chanvre, encore peu utilisé en textile, est une fibre super résistante qui ne pollue presque pas. Sa culture a même des effets bénéfiques sur les sols.
Quant au Tencel, c’est une alternative assez vertueuse au coton ou à la viscose.
2- Préférer les textiles biologiques
Il n’existe qu’un seul label biologique textile : GOTS. Ce label très exigeant assure une culture du coton, du lin ou du chanvre sans insecticides ou pesticides ; 91 % d’eau utilisée en moins pour le coton biologique par rapport à du coton conventionnel sur toute la chaîne de fabrication (irrigation artisanale et non systématique, absence d’épandage de pesticides qui réduit la consommation d’eau, etc.) ; des conditions de travail et des salaires décents pour les paysans et les employés (commerce équitable) ; une teinture écologique, pas de blanchiment aux métaux lourds, mais avec de l’eau oxygénée.
Attention au label oeko-tex. Très souvent mis en avant, celui-ci certifie que le produit fini (vêtement ou tissu au mètre) a été testé en laboratoire pour vérifier sa non-toxicité. Mais il ne certifie pas qu’un tissu est bio, et les aspects écologique et éthique ne sont pas contrôlés. Un coton conventionnel peut être certifié Oeko-Tex alors qu’il a été cultivé avec des pesticides, potentiellement fabriqué dans des conditions douteuses etc.
3- Passer au recyclé, à l’upcyclé et à la seconde main
L’utilisation de coton recyclé permet en effet de réduire tous ces impacts environnementaux (par rapport au coton vierge) : réchauffement climatique, consommation et pollution de l’eau, consommation d’énergie, effets respiratoires…
De même pour les fibres synthétiques récupérées à partir de vêtements usagés.
Mais cette industrie est encore balbutiante. Pour l’instant, la tendance émergente chez les jeunes consommateurs est de consommer des vêtements de seconde main : friperies, achats sur des plateformes type Vinted…
On l’a vu, acheter un vêtement en matière naturelle et noble, comme le coton ou la laine, n’est pas forcément un achat plus éthique et écologique. Une chose est sûre : il faut oublier les matières synthétiques qui, en plus d’être souvent de piètre qualité, sont extrêmement polluantes à la production comme à l’entretien.
Il est grand temps de lire les étiquettes des textiles comme on le fait pour les produits alimentaires. Si cette démarche nécessite temps et éducation, c’est le seul moyen d’éveiller les consciences et de construire une industrie textile plus raisonnée.
La seconde main, l’avenir de la mode ?
Jusqu’encore récemment, acheter en seconde main c’était courir les friperies, fouiller les bacs de vêtements au kilo ou s’offrir une pièce vintage dans un dépôt vente un peu chic. Mais le phénomène a pris une autre ampleur en quelques années.
Acheter en seconde main devient la norme pour de plus en plus de consommateurs dégoûtés par la fast fashion et conscients des conséquences de cette surproduction vestimentaire. Cette transition écoresponsable, qui explique l’essor de nouvelles plateformes de vente, incite également de plus en plus d’acteurs -marques et distributeurs- à organiser leurs propres circuits, pour s’octroyer une part du gâteau.
Au-delà d’une motivation purement écologique
On pourrait croire que les dégâts écologiques (de la fast fashion) sont le seul moteur de ce mouvement seconde main. Curieusement, ce n’est pas l’unique explication du succès de ce nouveau marché.
La seconde main n’est plus connotée négativement
La sociologie de la consommation a profondément évolué. L’achat de vêtements de seconde main n’est plus connoté négativement comme un facteur social ou économique. L’achat de seconde main n’est plus du tout synonyme de mauvaise qualité ou de pièces bradées. C’est non seulement devenu un geste courant, mais un vrai acte militant dont on se sent fier et que l’on revendique.
Une prise de conscience écoresponsable

Les préoccupations grandissantes des consommateurs en matière d’écoresponsabilité – accentuées depuis le déclenchement de la crise sanitaire – favorisent la croissance de ce marché. Selon une étude conduite en 2020 par le cabinet Boston Consulting Group pour la plateforme Vestiaire Collective, 70 % du panel a indiqué se tourner vers la seconde main en raison de son caractère durable, contre 62 % en 2018. Et neuf consommateurs sur dix issus de la génération Z aiment l’idée d’acheter des vêtements d’occasion. Ces adeptes de la durabilité, conscients de leur rôle à jouer pour faire évoluer l’industrie de la mode sur le plan environnemental, se détournent de la fast fashion et de ses conséquences catastrophiques sur la planète pour se reporter sur le secteur de la mode de seconde main. C’est une alternative abordable et non-polluante, puisqu’elle est déjà produite. Ces adeptes sont conquis par le principe d’une mode circulaire, qui limite le gaspillage et prolonge la durée de vie d’un vêtement. Peu actifs à la revente, ils ne cherchent pas le prix bas, mais sont engagés sur de nombreuses plateformes.
De la considération économique au snobisme
Mais d’autres critères expliquent aussi l’achat d’occasion : l’aspect économique est évidemment un facteur déterminant. Les vêtements -souvent issus de la fast fashion – proposés à quelques euros permettent de se vêtir à moindre coût. Pour les plus jeunes, ce type d’achat qui leur permet de continuer à surconsommer sans se ruiner, ni culpabiliser. Ces consommateurs impulsifs et trendy, à la fois vendeurs et acheteurs, cèdent leurs vêtements pour pouvoir en acheter de nouveaux d’occasion.
À l’opposé, des consommateurs plus âgés, en quête d’articles à forte valeur ajoutée sont eux aussi conquis par la seconde main qui donne accès à des produits uniques et exclusifs.
Une volonté de singularité
Les « fashionistas » sont attirés par la singularité des pièces. La seconde main leur donne accès à des collections passées, d’autres époques (ainsi le revival des pièces disco ou des années 70), ou à des pièces uniques de créateurs. Certains y voient même un moyen de dénicher des vêtements qu’ils peuvent « upcycler » à leur gré, en composant leur look personnel.
La seconde main, un marché en plein essor
La communauté des clients de la seconde main ne fait qu’augmenter.
Des adeptes de plus en plus nombreux
En 2019, 25 % des shoppers internationaux ont acheté un article mode d’occasion, contre 24 % en 2018, ce qui représente environ 10 millions de nouveaux clients en un an pour la seconde main.
Selon FashionNetwork, 29 % des Français achètent en 2021 des vêtements ayant eu une première vie, contre 16 % en 2018.
Et l’étude conduite par le Boston Consulting Group auprès de 7 000 consommateurs dans six pays (États-Unis, France, Espagne, Italie, Allemagne et Royaume-Uni) révèle que 69 % des sondés se disent prêts à consommer davantage de pièces d’occasion à l’avenir. Ainsi, à horizon 2023, 27 % de la garde-robe des consommateurs qui pratiquent la seconde main sera composée d’articles ayant déjà eu une première vie, contre 21 % aujourd’hui.
Le cabinet BCG estime qu’en 2028, le marché de la seconde main dépassera, en volume, celui de la fast fashion. Évalué à l’heure actuelle entre 30 et 40 milliards de dollars (25 à 34 milliards d’euros) à l’échelle mondiale, soit 2 % du poids total du secteur mode et luxe, le marché mondial de la seconde main devrait croître de 15 à 20 % par an au cours des cinq prochaines années. En France, il pèse 1,16 milliards d’euros (chiffres Kantar).
Un phénomène que la crise sanitaire a doublement amplifié : le secteur mode de la société d’études Kantar a révélé qu’en 2020, pendant les confinements, 40 % des Français, on fait du tri dans leurs placards… Merci Marie Kondo !
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@lapin.vintage
Sur Instagram, des modeuses spécialisées dans la seconde main affichent leurs dernières trouvailles en friperies. Derrière des comptes comme ceux de Zoé Léger Vintage, Imparfaite, Petite Chineuse ou encore Lapin Vintage, se cachent des vitrines digitales alléchantes remplies de pièces vintage ou de seconde main. Et vu le nombre grandissant de followers, on comprend qu’elles parviennent à attirer de plus en plus de réfractaires qui auraient autrement eu du mal à sauter le pas.
La belle histoire de la seconde main
Des vêtements chinés dans des vides greniers aux sites spécialisés en passant par les dépôts ventes et les plates-formes.
Du chiné aux plateformes digitales haut de gamme
Les aînées ont connu Guerrisold, la Ressourcerie, les vide greniers du dimanche et les dépôts vente de quartier. Une partie du plaisir de chiner était de fouiller, imaginer, nettoyer, repasser avant d’obtenir un vêtement correct.
Puis sont apparus fin des années 2000 les premières Marketplace digitales : eBay à l’international puis Le Bon Coin en France, puis en 2009 des sites de revente spécialisés dans la mode qui se sont imposés comme les leaders du secteur : Vestiaire Collective (initialement Vestiaire de Copines), Vide Dressing. Mais Vestiaire Collective comme Vide Dressing restent le pendant digital des dépôts vente haut de gamme. Seules les marques de luxe y sont acceptées et le site prend une commission conséquente liée à son service d’authentification, gage de sécurité pour l’acheteur et clé de son succès. De 1,5 millions d’inscrits en 2013, Vestiaire Collective est passé à 11 millions en Europe en 2021. Quant à eBay et Le Bon Coin, ils restent des sites très généralistes.
Le phénomène Vinted

Cette application bouscule le marché de l’habillement hexagonal depuis deux ans. En effet, c’est la première Marketplace avec un partage de fichier Peer to Peer (pair à pair) qui permet l’achat rapide et sécurisé d’articles seconde main, bas à moyen de gamme.
Créé en Ukraine en 2008 et arrivé en France en 2013, ce site communautaire doit son envol à une idée de génie. En 2016, l’actuel PDG Thomas Plantenga fait le pari de supprimer les frais de commission pour faciliter les transactions entre vendeurs et acquéreurs, la remplaçant par une « protection acheteur » de 5%. Son application rapide et facile à manier explique son succès auprès des millenials et leurs cadets. Vinted compte 30 millions d’utilisateurs en Europe dont 12,5 millions en France en 2020. C’était le 6e site e-commerce le plus visité de France au 2e trimestre 2020 (Fevad/Mediamétrie), pays qui représente actuellement près d’un tiers de son chiffre d’affaires. Ce phénomène impressionnant inquiète tous les acteurs du secteur.
Tout le monde s’y met
Alors que les plateformes sont devenues les canaux principaux de la revente de vêtements d’occasion en France, on observe un « effet boomerang ». Conscients que ce marché florissant pourrait leur échapper, les distributeurs du monde de la mode et les marques tentent depuis deux ans d’intégrer l’occasion à leur offre. L’année 2020 a marqué une véritable accélération dans les expérimentations autour de la seconde main, depuis l’hypermarché jusqu’au haut de gamme.
Les initiatives des distributeurs physiques et digitaux
L’an dernier, de nombreux distributeurs ont créé un onglet ou un rayon seconde main.
En décembre 2020, La Redoute a lancé son propre espace d’échange de produits d’occasion entre particuliers, nommé “La Reboucle” et accessible sur son portail ou appli. La plateforme mode Spartoo référence sur la Marketplace de son site français propose plusieurs milliers de vêtements d’occasion avec l’aide d’un prestataire spécialisé (Patatam). Cdiscount avait déjà lancé ce service, comme Zalando à l’international.
Et Auchan, Kiabi, Promod font partie des nombreux acteurs à avoir installé depuis un an des rayons de vêtements de seconde main dans leurs magasins. Là encore, les vêtements ne viennent pas forcément de leurs propres rayons à l’origine. Ils sont fournis par deux prestataires spécialistes de la collecte de seconde main. Pour arriver à un paradoxe : une robe Zara vendue chez Auchan pour 8 euros !
Les marques veulent reprendre la main
Les marques sont désormais conscientes de la « dilution » de leur image et du risque de voir leurs produits sur des sites ne leur convenant pas. La revente de leurs articles n’est le seul problème. Certaines marques françaises haut de gramme se sont donc lancées dans des initiatives de valorisation de la seconde main. Cyrillus a créé sa propre plateforme de revente, baptisée Seconde histoire. Petit Bateau a été un des pionniers en la matière avec une appli mise en ligne dès 2107.
A.P.C. récupère depuis 2012 en boutique ses jeans usés (contre une réduction de 50 % sur le prix d’un neuf), revendus après un lavage et un repassage soigneux.
Si la vente en seconde main est toujours envisagée comme un service, derrière cette volonté de circularité se cache souvent l’ambition -antagoniste- de générer de nouvelles ventes, en captant les sommes virtuellement échangées entre consommateurs. On l’a vu, les fruits des ventes peuvent être récupérés en cash ou en bon d’achat, abondé de 20 % chez Kiabi, de 25 % chez La Redoute, de 30 % pour Promod ou Maison 123. Mais 60 % des clients optent pour le bon d’achat.
Ba&sh a imaginé un système hyper malin pour fidéliser, authentifier et recruter, tout en gardant la main sur son image de marque. Ce système incite à revendre ses vêtements Ba&sh sur des plateformes de seconde main, en passant par le site de la marque. Les clients peuvent mettre en vente une pièce via un bouton dans leurs historiques de commandes qui génère un certificat d’identité numérique du vêtement en question. Une fois acheté par une autre personne, celle-ci peut retrouver l’historique du vêtement grâce à ce certificat unique. Le but est à la fois de garder ses clients dans son univers, et de recruter d’autres clients qui n’auraient pas acheté ces pièces neuves.
Le luxe entre dans la danse
Sur le créneau du luxe, Gucci et Stella McCartney se sont alliés au site américain The RealReal pour vendre leurs produits d’occasion, alors que le groupe LVMH a déclaré en décembre 2020 lors de sa « Climate Week » qu’il réfléchissait au sujet.
Quant au chausseur de luxe J.M.Weston, il vend ses propres modèles vintage depuis octobre 2019. Des clients peuvent rapporter contre un bon d’achat leurs chaussures fatiguées, qui retrouvent leur lustre dans les ateliers de Limoges. Depuis janvier 2020, les magasins parisiens des Champs-Elysées et de la rue Saint-Honoré, ainsi que celui de Tokyo, les mettent en vitrine, à moitié prix.
Une manière aussi de lutter contre la contrefaçon, un problème important lié à ce marché.
Louer, un autre modèle circulaire





L’autre modèle économique qui gagne du terrain auprès de la jeune génération est de partager et de louer des vêtements provenant du vestiaire d’autres particuliers. RenttheRunway a ouvert la voie en 2009, avec un système d’abonnement mensuel. Les premiers services étaient des offres avec un vestiaire central. Mais depuis, plusieurs applications de location de prêt-à-porter entre particuliers proposent cette nouvelle façon de consommer en augmentant la durée de vie des vêtements et en rendant les articles de luxe plus accessibles : By Rotation, Les Cachotières, mabonneamieparis, lafashionlib… Au lieu de vendre et d’acheter, la location permet de monétiser sa garde-robe ou d’essayer quelque chose de nouveau pour un temps donné.
Alors que l’on ne porte que 40 % de son dressing environ, il existe plusieurs moyens pour le valoriser en évitant le gâchis de la surconsommation. Revers de la médaille : cette mode circulaire est déjà devenue un vrai business sur lequel marques et distributeurs tentent de reprendre la main.
Des marques éthiques et trendy à suivre
Bio, recyclée, responsable, vegan ou Made in France, la mode éthique n’a rien d’austère. Elle est fun, sexy, chic, impertinente et militante. Démonstration avec 10 marques éco-responsables et irrésistibles. Laquelle va vous faire craquer ?
On le sait, la mode est la seconde industrie la plus polluante de la planète. Alors que les fabricants de mode classique s’efforcent de répondre aux exigences de la Clean Fashion, de jeunes entreprises de mode éthique misent dès leur naissance sur la transparence. Elles utilisent des matières éco-responsables, c’est-à-dire à faible impact sur l’environnement, et suivent des procédés de fabrication vertueux avec des conditions de travail respectueuses. À adopter au plus vite..
« Parisienne et alors », le style responsable

On aime la marque de Laury Thilleman, ex-miss France, qui n’utilise que des matières naturelles ou du polyester recyclé. Les vêtements Made in France sont fabriqués dans des ateliers parisiens avec la collaboration d’usines certifiées OEKO-TEX (tissu contrôlé à chaque étape du traitement et absence de produits chimiques nocifs pour la santé). Pour éviter le gaspillage, les collections renouvelées tous les 2 mois proposent 25 modèles maximum et sont produites au fur et à mesure de leur écoulement. La marque reverse une partie de ses bénéfices à Reforest’action, un programme de replantation d’arbres.
« We are jolies », une jolie lingerie bio

Au départ surnommée « Jolies Culottes », la marque est devenue « We are jolies » en étendant son offre de lingerie. On l’aime parce qu’elle est bio, accessible, sincère dans les tailles, zéro complexe et inclusive.
Les produits, en coton bio labellisé OEKO-TEX et Gots (Global Organic Textile Standard) sont fabriqués au Portugal. Cette marque, ultra transparente, va jusqu’à divulguer sa marge de bénéfice et donner tous les détails de ses prix de vente. En plus, vous pouvez renvoyer votre ancienne lingerie qui sera recyclée en briques éco-responsables pour construire des maisons. Très engagée auprès des femmes, elle cultive aussi la sororité !
© Photo We are jolies
« Les Récupérables », la mode upcycling

Cette marque pousse le modèle clean jusqu’au bout en adoptant les principes de la revalorisation des textiles, l’upcycling. Elle propose 4 collections par an, 100 % Made in France, à base de tissus récupérés auprès de fabricants français et assemblés dans des ateliers d’insertion. Les créations en séries limitées respectent donc l’environnement. Cette jeune entreprise organise aussi des défilés dans des adresses secrètes.
© Photo Les Récupérables
« People Tree », à la fois équitable et vegan

Cette marque anaise pionnière de la mode équitable (certifié Fair Trade) s’est donnée comme mission d’offrir une indépendance économique aux acteurs du monde textile, tout en protégeant l’environnement, avec une forte majorité de coton bio ou de laine certifié « Animal Welfare Act ». On aime son engagement et son style intemporel.
© Photo People Tree
« Thinking Mu », le recyclage fun


Cette marque espagnole éco responsable et équitable travaille des matières recyclées, du coton et des fibres bio certifiées GOTS. Elle est fabriquée en Inde dans les mêmes ateliers depuis sa création. On retient son esprit jeune, décalé et plein de vitamines.
« Dedicated », le streetwear écolo

On retient cette marque suédoise née en 2006 qui se veut proche de la nature, juste et responsable. Elle travaille avec du coton certifié GOTS et Fair Trade, du polyester recyclé GRS et des fibres recyclées comme le Tencel Lyocell. Certains vêtements sont confectionnés à partir de fibres dérivées de plastique. Dedicated travaille avec des artistes du monde entier pour afficher un style résolument graphique, unique et diversifié.
« Rezine », une mode lente

Créée en 2019 par un jeune couple, la marque Rezine propose 4 collections éphémères et responsables par an, fabriquées à Paris, avec des fibres naturelles. Des éditions limitées sont disponibles en pré commande pour adopter un rythme de confection raisonné au prix le plus juste. On aime ses pièces fortes, et son engagement pour une qualité qui dure avec des super finitions.
© Photo Rezine
« Patine », les essentiels feel good

Cette marque promet des vêtements confortables, faciles à vivre et anti-jetables. Fabriqués en matières naturelles (coton bio GOTS, lin, chanvre) avec une faible empreinte écologique ou en matières artificielles faites à partir de matières naturelles, tous les vêtements sont disponibles uniquement sur le site, pour éviter les intermédiaires et assurer un prix accessible. En plus, Patine soutient la Cravate Solidaire, une association qui lutte contre les discriminations à l’embauche en collectant des vêtements pour les personnes en recherche d’emploi et qui devront passer un entretien.
© Photo Patine
« Nénés Paris », la lingerie 100 % recyclée


Bravo à cette marque qui utilise les fins de rouleaux et les chutes de tissu produites par l’industrie textile et des bouteilles plastiques usagées pour fabriquer des petites culottes et autres pièces de lingerie. Broyés, nettoyés, puis fondus, ces matériaux sont ensuite utilisés pour refaire de la fibre qui sert à créer de nouvelles pièces. On retient les chiffres annoncés par cette lingerie 100 % recyclée : moins 80 % de CO2 et l’équivalent de 7 baignoires d’eau économisée par soutien-gorge ! En plus, les modèles sont sympas et sexy… Que demander de plus ?
« Reformation », durable et accessible

Déjà, on adore le slogan de cette marque californienne née en 2009 : « Being naked is the #1 most sustainable option. We’re # 2 », traduisez « Être nu est la première option la plus durable. Nous sommes la seconde ». Son ambition est de concevoir ses propres produits pour apporter une mode durable à tout le monde, avec ses vêtements fabriqués en édition limitée à partir de produits recyclés. Son succès a été fulgurant dès le début.
© Photo Thereformation
« Veja », la basket écologique et équitable

Difficile de faire l’impasse sur des baskets écologiques et issues du commerce équitable dans cette sélection de marques éthiques. Veja est une marque française crée en 2004. Les baskets au design très trendy sont fabriquées avec des matières premières issues de l’agriculture biologique et agro-écologiques, sans produits chimiques ni procédés polluants. Cette fabrication brésilienne associe coton bio équitable et semelles en caoutchouc naturel. La marque, créée par deux Français, soutient plusieurs associations au Brésil et en France. On ne peut qu’adhérer !
© Photo VEJA
Un jean plus clean, c’est possible ?
On a tous un jeans – voire plusieurs – dans notre placard. Mais derrière ce vêtement identitaire et désirable, se cache un objet à fort impact environnemental et humain. Décryptage.
Chaque année, 5 milliards de jeans sont produits et 2,3 milliards d’exemplaires vendus, dont 63 millions en France ! C’est dire à quel point ce pantalon bleu et robuste est devenu universel, porté par tous, de 3 à 90 ans, de l’ouvrier au Cadre sup, des États-Unis au Cambodge.
D’où vient-il exactement ? Comment et par qui est-il produit ?
Du Far West aux punks, des champs de coton aux usines chinoises, des marques spécialisées aux chaînes de fast fashion, petite épopée du jean et analyse des pistes pour lui offrir un avenir plus en accord avec la Clean Fashion, meilleur pour les hommes et la planète.
L’histoire du jean façonne le XXe siècle
À l’origine, jean ou denim ?
Les historiens de la mode ne parviennent pas à localiser précisément l’origine du jean, que l’on confond désormais avec le denim. On sait qu’au Moyen ge, le coton est mélangé à du lin ou à de la laine dans des étoffes appelées futaines. L’Italie du Nord produisait de grandes quantités de cette toile, exportées dans toute l’Europe et notamment en France, où elle est utilisée dans les pantalons de marins, mais aussi les voiles des navires.
À Nîmes, les tisserands tentent de reproduire ce tissu, sans succès. Ils développent au XVIIe siècle un autre tissu, un sergé de laine et de soie connu sous le nom de denim (de Nîmes). Cette toile beige, réputée pour sa résistance, utilisée comme vêtement de travail par les bergers et paysans cévenols, est par la suite exportée à Gênes et teintée en bleu indigo (le bleu de Gênes) pour en faire un vêtement bon marché, résistant, moins salissant que le beige clair. Ces tissus exportés vers l’Angleterre se retrouvent sous la dénomination jean ou jeane dans les registres du port de Londres. Bref, de la toile de Nîmes teintée au bleu de Gênes, est née le denim et le blue-jean.
Quant au vêtement, il apparaît avec l’essor de la culture du coton dans le sud des États-Unis au XIXe et la Ruée vers l’or. Un tailleur juif, bavarois, un certain Lévi Strauss, crée dans les années 1850 pour les chercheurs d’or et les bûcherons, un pantalon de travail taillé dans ses toiles de tente en coton et renforcé par des rivets en cuivre au niveau des points sensibles (poches, braguettes). Le brevet est déposé en 1873.
Des plaines du Far-West à Hollywood
Apanage des cow-boys dans la publicité de Lévi-Strauss, ce pantalon bon marché et résistant devient avec la Grande Dépression des années 1930 le vêtement de base des fermiers et des ouvriers. Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis inondent le marché européen avec les surplus de la guerre, dont des jeans. Et lorsqu’Hollywood s’en empare, que Gary Cooper, Marlon Brando ou James Dean en font leur emblème, le phénomène prend une toute autre dimension. Les jeunes générations s’en emparent et en font un signe de contestation et revendication.
De la contre-culture à la fabrication de masse

Dans les années 50-60, il est l’attribut des motards et des déhanchés provocateurs d’Elvis Presley et du rock’n’roll naissant. Quand Marilyn Monroe l’arbore dans « Le démon s’éveille la nuit », elle en fait un symbole de la lutte pour l’émancipation féminine. Dans les années 60-70, il se pare de broderies et pattes d’eph pour participer au mouvement hippie. Et dans les années 80, il adopte un look punk.
Mais avec l’arrivée dans les années 90 du Lycra®, des jeans moulants, « stone-washed », « déchirés », colorés, le jean est victime de son succès. Les chaînes de fast fashion s’en emparent. Il devient un véritable produit de mode et de consommation, et même de surconsommation. Il est alors le symbole de l’outrance de l’industrie de la mode.
Le cycle de vie du jean, catastrophe environnementale et humaine
Un grand voyageur
Le cycle de production d’un jean comporte de nombreuses d’étapes : la culture des fibres de coton, le traitement et le filage, la teinture, le tissage, la coupe et la confection, le délavage et les finitions. Puis il est packagé, expédié, stocké et enfin mis en vente. Or, chacune de ces étapes correspond à un savoir-faire et une zone géographique différente.
Le coton est cultivé en Inde, Australie ou Afrique, la filature se fait au Pakistan, la teinture en Chine, la confection et le délavage se déroulent essentiellement en Turquie, tandis que fils et finitions sont réalisés en Occident ou au Japon.
Cette production ultra-mondialisée et les trajets d’un continent à l’autre sont responsables d’une énorme empreinte carbone : on estime qu’un vêtement en denim peut parcourir jusqu’à 65 000 km – soit 1,5 fois la circonférence de la Terre – avant d’atterrir dans nos armoires. On évalue ses émissions de CO2 à 20 kg en moyenne et jusqu’à 40 kg. Ce lourd bilan inclut également les émissions de CO2 nécessaires à la culture du coton, l’usage de machines agricoles, le travail de filature, de tissage et d’assemblage en usine.
Un gros pollueur
Toutes ces étapes sont également énergivores et/ou polluantes.
- Glouton en eau
La production d’un jean consommerait entre 7 000 et 10 000 litres d’eau selon l’ADEME, 3 781 litres d’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP). Première étape, et non des moindres, la production de la matière première, le coton. Les champs de coton ne couvrent que 3% des terres cultivées, mais il s’agit de la 3ème activité agricole la plus gourmande en système d’irrigation après le riz et le soja. La teinture des jeans et leur délavage sont aussi gros consommateurs d’eau.
- Bourré de produits toxiques
Pour garantir un rendement important, sa culture nécessite un usage intensif d’engrais et de pesticides. Le coton est majoritairement planté dans des régions où les réglementations sur les pesticides sont particulièrement souples. L’Inde permet notamment l’utilisation de diethion, insecticide hautement toxique, dangereux pour le cerveau, le cœur et les poumons et soupçonné d’être cancérigène. Afin d’en limiter l’utilisation, 82% du coton cultivé est aujourd’hui génétiquement modifié. Toutefois, la demande est telle que même le coton OGM ne peut se passer entièrement de ces produits.
La teinte bleue du denim, quand elle est encore obtenue grâce à l’indigo, nécessite d’immenses quantités d’eau, et pollue les eaux usées. Mais elle est souvent réalisée à partir de produits de synthèse contenant, notamment, du chlore et des métaux lourds. En Asie du Sud-est, ces produits se retrouvent rejetés sans traitement préalable dans la nature où ils infiltrent les sols et les nappes phréatiques.
- Une utilisation tout aussi polluante
Une étude réalisée par Levis sur le cycle de vie d’un 501 a montré un fait étonnant : l’impact environnemental de l’utilisation d’un jean est presque aussi important que sa production. En effet, selon cette étude, son impact se découpe ainsi :
- Culture de la fibre : 9%
- Production du tissu : 27%
- Coupe et confection : 8%
- Délavage : 5%
- Transport et revente : 11%
- Entretien par le consommateur : 37%
- Fin de vie : 3%
L’étonnant chiffre de 37% qui évalue l’entretien par le consommateur – qui atteindrait 48% selon l’ADEME- varie selon la fréquence de lavage et le type de détergent utilisé (les Français et les Américains lavent leur jean après l’avoir porté 2,5 fois alors que les Chinois le portent 4 fois), mais aussi si on le sèche en machine et si on le repasse. Aux États-Unis et au Japon, nombre de consommateurs mettent même leur jean au pressing !
Ce que ne dit pas cette étude, mais que les experts révèlent : si le jean pollue lors de son utilisation, c’est à cause des nombreux produits chimiques utilisés lors de sa production – souvent non autorisés en Europe – et qui sont relargués quand on le lave ! Sa fin de vie est également problématique, car les produits finis composites (présence de Lycra® ou élasthanne, de rivets…) compliquent sa décomposition, et donc le réassemblage.
Un coût humain
Tous les employés travaillant le jean sont touchés.
Dans les champs de coton, les agriculteurs respirent des produits toxiques avec des cas de maladies respiratoires et de cancers élevés. De même pour les ouvriers dans les usines de teinture de Chine.
Mais un autre procédé est tout aussi dévastateur. Le sablage, méthode industrielle employée pour vieillir le jean (le rendre moins rigide) et le délaver, propulse du sable ou de la poudre de silice, à très haute vitesse sur la toile de denim. Cette technique expose les travailleurs à de fines particules très volatiles qui se logent dans les poumons et causent des irritations des voies respiratoires, silicoses et cancers. Heureusement, elle est désormais interdite dans la majorité des pays occidentaux. La Turquie, ancien grand bastion du sablage, y a mis fin en 2009. L’année suivante, sous la pression de la campagne “Il est mortel ce jean”, plus de 40 grandes marques de jeans ont suivi l’exemple et banni le sablage. Aujourd’hui, cette méthode est pourtant toujours en vigueur- notamment en Chine -, complétée par d’autres techniques toutes aussi nocives comme le ponçage manuel ou les traitements chimiques avec le permanganate de potassium.
De plus, comme pour les autres vêtements, le jean est principalement produit dans des pays où les droits des travailleurs ne sont pas aussi contrôlés et protégés qu’en Europe. Mauvaises conditions d’hygiène et de sécurité, salaire à la pièce, aucune protection sociale ou pour la santé, et parfois travail forcé ou des enfants…
Vers un jean plus clean
L’industrie du denim est l’une des premières à avoir été montrée du doigt, c’est donc l’une des premières à avoir initié sa transition socio-environnementale. Des initiatives ont été prises à tous les stades. Et si en 2020, moins de 5% des jeans étaient éco-conçus, des pistes s’amorcent.
Des matières premières plus durables


L’utilisation de coton biologique réduit de 25% l’acidification des sols et l’eutrophisation marine, de 60% l’occupation des territoires agricoles et la consommation d’eau. Mais il ne représente aujourd’hui que 1% du coton produit.
De grands jeaners, comme Levis ou Lee, travaillent sur des alternatives au coton, comme le lin, le chanvre cotonnisé ou le Tencel™, matières rustiques et durables, moins consommatrice d’eau, de produits chimiques et plus respectueuses de l’environnement. Une jeune marque française (1083 soit la distance entre les deux points les plus éloignés de France.), qui produit des jeans quasi à 100% Made in France, a même créé l’Infini, en polyester recyclé (à partir de bouteilles plastiques et de déchets marins), consigné et recyclable à l’infini.
Sur les étiquettes, le consommateur peut chercher les labels GOTS (Global Organic Textile Standards) assurant un coton biologique traçable et répondant à des critères sociaux et environnementaux, ou BlueSign, C2C Certified™ assurant que le textile ou le vêtement fini est dépourvu de ZDHC (Zero Discharge Hazardous Chemicals / Produits chimiques dangereux) et peut donc s’intégrer dans une chaine circulaire.
Des teintures moins polluantes
L’indigo traditionnel est la manière la moins polluante pour teindre un jean. L’emploi de fibres recyclées triées selon leurs coloris permet de limiter également l’impact de cette étape, bien qu’elles soient systématiquement re-colorées. Lee a abordé le problème de la teinture avec Indigood, une teinture en mousse qui réduit l’utilisation de produits chimiques de 89% et la consommation d’énergie de 65%, et ne consomme pas d’eau du tout.
Des traitements au laser et à l’ozone
Des alternatives « propres » au sablage et ponçage existent. Pour donner l’impression d’un jean usé, on utilise des lasers pour créer des bandes décolorées et l’ozone – au lieu de l’eau- pour délaver le denim. Le laser altère la surface du fil par brûlure. Le lavage à l’eau de Javel est remplacé par de l’ozone apposé sur un jean humidifié puis rincé. L’ozone, qui se transforme alors en oxygène, réduit la consommation d’énergie et la consommation d’eau.
De plus en plus de marques lancent des collections ou capsules de jeans plus responsables. Levis a mis au point une vingtaine de techniques non brevetées, et donc ouvertes à tous, pour économiser l’eau dans la fabrication. Chez Lee, la ligne « Back To Nature » propose des pièces totalement biodégradables réalisées à partir de fils de coton et lin sans rivet.
Reste un problème de taille : la recyclabilité du jean. Sur ce point, la Fondation Ellen MacArthur a établi un cahier des charges pour produire des jeans en économie circulaire : The Jeans Redesign. Et des initiatives de leasing, location, upcycling* et réparation voient le jour.
C’est vrai, le jean parfait n’existe pas encore mais seriez-vous prêt à abandonner ce vêtement mythique et indispensable ?


*UPCYCLING : pourquoi ne pas vous offrir une pièce en denim recyclé sur le site Bagarreuse ?
@bagarreuseparis est une jeune pousse parisienne de prêt-à-porter, créée par Simon et Julia en novembre 2020. Une marque éco-responsable qui fabrique ses collections uniquement à base de chutes de tissus ; l’upcycling est donc au coeur de leur concept… et de leur nom de marque. Dans les 5 dernières lettres de Bagarreuse, vous pouvez lire RE-USE !

