Noël : 5 basiques chic et éco-responsables à offrir
Et si, cette année pour Noël, vous offriez des vêtements et/ou accessoires empreints d’un message supplémentaire ? Celui d’une fabrication écoresponsable. Le choix est vaste. Quelques pistes pour vous donner des idées.
Qui ignore encore que l’industrie de la mode est l’une des plus polluantes au monde ? Mais voilà, un cadeau fashion, ça ne se remplace pas. Alors, on choisit un produit chic avec un impact minimum sur l’environnement. Un cadeau mode et clean. Si la loi AGEC (Anti-Gaspillage et pour l’Économie Circulaire) veut accélérer le changement de modèle de production et de consommation pour réduire les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat, de nombreuses initiatives ont été déjà prises par des entreprises, souvent françaises. Noël est la période idéale pour les soutenir.
Un conseil : prenez votre temps avant d’acheter, regardez les étiquettes et renseignez-vous sur l’origine des matériaux, le mode et les lieux de fabrication.
Un cadeau upcyclé
L’upcycling, technique de réutilisation des matières apparue dès 1994, connait depuis un succès grandissant auprès des consommateurs. Désormais, on essaie d’éviter de jeter en récupérant et en recyclant les matières pour fabriquer de nouvelles pièces. Si l’upcycling empêche les déchets de finir dans les décharges, il réduit surtout la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Ce procédé s’inscrit dans certains cas dans un vrai cercle vertueux avec des processus de circuit court, de réindustrialisation, de relocalisation et la préservation d’un vrai savoir-faire. Pour exemple :
Une élégante pochette d’ordinateur

Saint-Lazare, marque de maroquinerie, s’ingénie à détourner des matières premières et accessoires de véhicules hors d’usage (ceintures de sécurité par exemple) pour les recycler et confectionner pochettes, porte-cartes et sacs. Cette start-up emploie des personnes fragilisées par le handicap (ESAT) et travaille avec des partenariats locaux. Les produits sont emballés dans des pochons confectionnés à partir de déchets, issus du recyclage des bouteilles en plastique. Enfin, elle assure le portage des commandes en vélo ou marche à pied, pour un bilan carbone neutre. A retenir : cette pochette pour ordinateur made in France est faite à partir de matériaux de voiture recyclés, mais aussi de chutes de feutrine qui viennent de l’intérieur de TGV.
Un sac de voyage pour prendre le large

727 Sailbags a choisi de recycler les anciennes voiles des bateaux récupérées auprès des voileries et des navigateurs. Les produits, qui respectent les normes Oeko-Tex, sont fabriqués selon les certificats de conformités aux normes environnementales. Un certificat indique la vie de la voile utilisée, le numéro de la pièce et le nombre de produits faits avec cette même voile. Le plus : on peut choisir une voile recyclée précise pour confectionner le sac à offrir. Une belle idée pour mettre le cap sur l’écologie.
Photo © Sailsbags
Des chaussettes solidaires

Cadeau clin d’œil pour tous, les chaussettes. Mais pas n’importe lesquelles, celles-ci ont une histoire bien particulière. Chaussettes Orphelines recycle les anciennes chaussettes après les avoir récoltées (on peut les déposer dans différents dépôts ou envoyer à l’association), et détricotées pour récupérer les fibres. Les Chaussettes Orphelines sont alors fabriquées à partir de ces différents fils. Mais ce concept est aussi un modèle d’économie circulaire. Chaussettes Orphelines anime des ateliers de technique textile et créatifs à des femmes en centre d’hébergement et d’insertion sociale, à des enfants défavorisés pour développer leur dextérité. Les chaussettes sont triées dans un centre d’insertion socio-professionnel. Et les chaussettes recyclées achetées sur le site sont accompagnées d’une étiquette de retour prépayée pour envoyer gratuitement 500 grammes de chaussettes. Une bonne idée quand on sait que 1 Kg de chaussettes recyclées c’est 25 kg de CO2 et qu’il faut 1350 litres d’eau pour fabriquer une paire de 60 gr en coton. Magasin : 2 rue des gardes, 75018 Paris.
Photo ©Chaussettes Orphelines
Des sneakers éthiques

Les baskets, véritable phénomène de société, représentent un achat sur deux en France dans la catégorie des chaussures. Le problème ? la fabrication n’est pas du tout écolo. Mais à côté des grands qui font des efforts, plus de 150 marques écoresponsables se sont créées en France pour offrir des modèles plus éthiques. Deux marques françaises O.T.A (On The Asphalt) et Basus, l’une spécialisée dans les semelles inusables en pneu recyclés et l’autre dans la confection de vêtements en matières naturelles et recyclées, surtout en liège avec des collections locales et à la demande, se sont réunies. Elles ont confectionné une paire de sneakers en cuir de liège et pneu recyclé dotée du label Leather Working Group, organisation qui veille au respect des standards environnementaux de l’industrie du cuir. Les lacets sont en plastique recyclé.
Photo ©Basus
Un cadeau incontournable mais plus respectueux
Le jean et le tee-shirt, pièces emblématiques et indispensables, sont des dévoreurs d’eau, des propagateurs de produits toxiques, qui ne respectent pas les droits des ouvriers, qui sont souvent des enfants. Si des initiatives plus clean commencent à se mettre en place, elles représentent encore une partie infime du marché mondial. Offrez un jean et/ou un tee-shirt plus clean pour les soutenir et souligner votre engagement.
Un jean plus clean
Culture du coton, filature, tissage, teinture, délavage, cycle de vie ahurissant, la fabrication d’un seul jean est un désastre pour l’environnement. Imaginez qu’une seule pièce peut parcourir jusqu’à 65 000 km avec 20 à 40 kg d’émission de CO2. Trois initiatives récentes :



- Chevrons, jeune entreprise française, source les matières premières les plus naturelles et les plus responsables pour fabriquer ses jeans et blousons Eco Denim. Pour preuve, la marque assure un seul tour de France parcouru, tous transports inclus. L’entreprise utilise 60% de coton recyclé et 40% de coton bio certifié GOTS et économise 80% d’eau par rapport à un jean classique. 97% du prix final de cet achat made in France revient à l’économie française et 150 jeans vendus financent un emploi annuel sur notre territoire. Et on peut participer en donnant son avis sur les prochaines créations.
- Encore moins gourmands avec 90% d’eau économisée et fabriqués sans produits chimiques avec une technologie de délavage au laser, les jeans Ace Denim. La marque s’oppose au rythme des collections traditionnelles et propose un seul model à la coupe unique en quantité limitée à 700 pièces.
- A noter, la marque Lee propose le jean gold & bronze 100% recyclable certifié Cradle to Cradle en collaboration avec Artistic Milliners, un organisme leader dans la transformation de la mode. Cette production implique qualité des matériaux et réutilisation, énergie renouvelable, gestion du carbone et de l’eau, et justice sociale. Ce jean est fait en coton bio, avec 58% d’eau en moins, dans une usine qui produit de l’énergie solaire.
Un tee-shirt plus respectable
Le coton qui assure le quart des matières premières qui entrent dans la composition des textiles est une calamité pour l’impact environnemental. Ce qui explique la naissance du coton biologique en 2005 par l’association Max Havelaar qui évite l’épuisement de la terre dû à cette culture intensive. A privilégier, le lin qui est une matière biodégradable qui nécessite peu d’eau pour pousser ou le Tencel plus vertueux. Et surtout n’oubliez pas qu’un tee-shirt écoresponsable est avant tout un tee-shirt qui se garde longtemps. Offrez donc un modèle classique et de belle qualité pour en faire un cadeau durable. A découvrir :


- Le T-shirt propre : une collection pour homme et pour femme en coton bio ou recyclé, lin et bientôt chanvre, sans produits chimiques, ni insecticides, coloré avec une teinture certifiée oeko-tex 100 et certifié Gots. De plus, les eaux usées pour la fabrication sont recyclées. Entretient facile avec un lavage à 30° et nul besoin de repasser. Son envoi se fait sans emballage plastique.
- Pour avoir l’embarras du choix, le site Fairytale.eco propose différentes marques de tee-shirts bio et écoresponsables pour femme : différentes coupes et couleurs, coton bio, Tencel ou chanvre. La démarche éthique et transparente apporte le descriptif de chacune des matières, son lieu de production et les labels associés.
Corners Seconde main des grandes enseignes : éthique ou business ?
Le marché de la seconde main connaît un véritable boom. Selon une étude du Boston Consulting Group, il devrait même croître de 15 à 20 % par an au cours des cinq prochaines années. A tel point que marques de prêt-à-porter et grandes enseignes proposent désormais leur propre service d’occasion. On n’en est pas encore comme en Suède, à ouvrir un centre commercial exclusivement dédié (ReTuna) mais l’offre grandit mois après mois.
Des sites seconde main qui ont fait exploser le marché
Le marché de la seconde main est en pleine expansion, et la tendance est particulièrement forte dans le secteur de la mode. Ainsi, selon l’Observatoire Natixis Payments, le nombre d’achats de vêtements d’occasion a augmenté de 140% en 2021 par rapport à 2019 ! Kantar, qui a réalisé deux ans de suite une étude sur ce marché du vintage dans la mode, l’estime à 1,160 milliard d’euros. Plus d’un Français sur quatre (29%) en âge d’acheter, s’est déjà offert au moins un article d’occasion.





Evidemment, les sites et applications de revente y sont pour beaucoup dans ce succès grandissant. Ainsi, leboncoin réunit chaque mois 29 millions de visiteurs uniques. C’est le site français le plus consulté. Quant à Vinted, c’est le deuxième site E-commerce préféré des Français selon Foxintelligence. La plateforme lituanienne de revente entre particuliers est devenue en quelques années le troisième site E-commerce en France en termes de trafic, derrière Amazon et Cdiscount, devant la Fnac et Veepee (ex Vente Privée). Dernier exemple, Beebs, site spécialisé dans l’achat et la vente d’occasion pour bébés et enfants, constate +54% de ventes depuis septembre.
Deux raisons principales expliquent le choix de la seconde main pour les consommateurs. Selon une étude réalisée fin 2020 pour la banque Oney, le critère du prix est la première motivation pour 86 % des Français, suivi de près (78 %) par les conditions environnementales.
Cyrillus et Petit Bateau, pionniers sur leur site


On trouve sur Vinted des milliers d’annonces pour des articles Petit Bateau ou Cyrillus. Ces enseignes ont réalisé qu’il valait peut-être mieux organiser ces ventes eux-mêmes. Dès 2017, Petit Bateau a ouvert un espace dédié dans son application. La marque sert d’hébergeur pour les annonces des particuliers, qui s’arrangent entre eux pour l’envoi et le paiement des articles. On n’y trouve bien sûr que des produits de la marque. Même concept du côté de Cyrillus avec son service “Seconde Histoire”, un site dédié qui héberge les annonces de particuliers. Deux options s’offrent aux vendeurs : récupérer l’argent ou opter pour une carte cadeau Cyrillus. Pour encourager les utilisateurs à choisir le bon d’achat, Cyrillus majore de 50% le montant de la vente.
A l’origine, ces marques offraient ce service pour enrichir leur communauté et montrer que leurs articles sont de telle qualité qu’ils peuvent vivre plusieurs vies. Une vraie conception de mode durable, tout en espérant canaliser ce marché anarchique.
Le groupe Mulliez en première ligne
Dans les enseignes de la galaxie Mulliez, la seconde main s’est rapidement mise en place.
Auchan a ouvert le bal
L’enseigne de grande distribution a lancé ses premiers corners en expérimentation en février 2020 dans cinq magasins. Le succès fut tel que plus de 120 magasins Auchan disposaient courant 2021 d’un corner seconde main. On peut y trouver toutes les marques, y compris du Zara et du H&M, à petit prix. L’enseigne s’est pour cela associée au Français Patatam, une startup créée en 2013. L’entreprise fournit des stocks de vêtements à Auchan – qu’elle rachète à des particuliers à très bas prix et revend, après un tri, plus cher dans les rayons des supermarchés – et récupère aussi ceux confiés par les clients grâce à la partie collecte. Les clients viennent déposer leurs vêtements, de n’importe quelle marque, chez Auchan. Pour chaque sac déposé, ils perçoivent un bon d’achat de 5 euros à valoir sur le rayon habillement.
Au tour des enseignes spécialisées
Après Auchan et Kiabi, les enseignes Pimkie et Jules ont aussi ouvert des corners en partenariat avec Eureka Fripes, leader international de la vente d’articles de seconde main en B to B et fondateur du concept Kiloshop. Pimkie s’en est inspiré puisque les magasins d’articles féminins ont choisi de vendre ces vêtements de seconde main au kilo, dans leurs corners ReLove.
L’enseigne de vêtements pour hommes, Jules, a elle, choisi le nom de Rewear pour ses espaces, dont le premier a été inauguré à l’entrée du point de vente lillois, suivi par Nice, Angers, Reims, Brest et Lyon. Ces corners accueillent des articles d’occasion de toutes marques (Nike, Champion, Adidas), dans les catégories denim, sportswear et streetwear. D’autre part, l’entreprise a signé en 2020 un partenariat avec Le Relais autour de la collecte des vêtements : les clients de la marque peuvent déposer leurs articles usagés dans 500 boîtes installées dans les points de vente Jules.



Tout le monde veut son onglet ou son corner
Face à cet engouement des consommateurs, de nombreuses autres enseignes, telles que Bocage Gemo, Camaieu, Promod, C&A ou Eram se sont convertis à l’Occasion, en proposant des vêtements de seconde main. La manne est telle que les enseignes traditionnelles n’ont plus vraiment le choix.
Comme Auchan, Leclerc, Cora et Carrefour ont installé des corners de seconde main dans certains de leurs magasins : Leclerc comptait 25 points de vente « Leclerc Occasion » en 2020. Le distributeur ambitionnait d’en ouvrir plus d’une centaine — la pandémie de Covid-19 a un peu compliqué ses plans-. Récemment, les Galeries Lafayette et le Printemps ont ouvert des espaces dédiés aux articles vintage et de seconde main. Le luxe n’est pas en reste puisque des marques comme Burberry, J.M. Weston ou Gucci proposent aussi de la seconde main.
Les grands du web, ex-vépécistes ou multi-marques ne sont pas en reste. En décembre 2020, La Redoute a lancé son propre espace d’échange de produits d’occasion entre particuliers, nommé “La Reboucle” et accessible sur son portail ou appli. La plateforme mode Spartoo référence sur la marketplace de son site français plusieurs milliers de vêtements d’occasion avec l’aide du prestataire spécialisé Patatam. Cdiscount avait déjà lancé ce service, comme Zalando, le leader européen de la vente de prêt-à-porter en ligne.
Au-delà des vêtements






Mais le secteur de la mode n’est pas le seul à se convertir. Leroy Merlin vient ainsi de lancer son service de revente, baptisé “Produits d’occasion”. L’enseigne de sport Decathlon a mis en place de longue date le Trocathlon (une opération annuelle et éphémère de reprise et de revente de matériel) et a musclé son dispositif, puisque l’on trouve de plus en plus de corners dédiés à l’occasion en magasins depuis deux ans, ainsi qu’un site, Occasions.Decathlon.fr avec une grande partie des annonces consacrées aux vélos. Système U teste la vente de produits d’occasion dans les rayons électroménager, bazar, culture et multimédia. Carrefour Occasion a été ouvert en partenariat avec Cash Converters et Cora, avec Easy Cash. Delsey a lancé la première plateforme dédiée aux valises et sacs de voyage d’occasion, vendus après une remise en état. Depuis juillet, les magasins Ikea français proposent, pour leur part, la réservation de meubles d’occasion disponibles chez eux sur le site Internet de l’enseigne.
Faire revenir du monde et générer des ventes
Dans un contexte de crise de la fréquentation des grandes enseignes, au profit du commerce de proximité, du Drive et de la vente en ligne (le tout accentué par le Covid), les distributeurs classiques ont l’ambition de ne pas laisser Le boncoin ou Vinted capter le marché.
Persuader les consommateurs seniors
Trouver des articles de seconde main dans les mêmes magasins que les produits neufs lève des freins auprès des consommateurs seniors, qui ne passeront jamais par une plateforme. Le magasin garde pour eux un côté rassurant, et leur assure qualité et hygiène.
Générer à nouveau du trafic
Avoir un corner seconde main n’est pas une alternative au neuf, c’est un impératif qui crée du trafic en attirant une clientèle plus jeune. Les rayons de seconde main génèrent de la flânerie en magasin. Ils multiplient même les visites : une pour déposer un produit, l’autre pour l’acheter !
Le but est donc de dynamiser la fréquentation, les ventes et l’image tout autant – ou bien plus – que réduire leur empreinte environnementale.
Engendrer des ventes
La vente en seconde main est toujours envisagée comme un service, mais derrière cette volonté de circularité se cache souvent l’ambition -antagoniste- de générer de nouvelles ventes, puisque les fruits des ventes peuvent être récupérés en cash ou en bon d’achat, abondé de 20% chez Kiabi, de 25% chez La Redoute, de 30% pour Promod ou Maison 123. Or, 60% des clients optent pour le bon d’achat. CQFD.
On le voit, le marché de la seconde main est loin d’avoir pour seul motif une consommation plus durable et respectueuse de l’environnement. Côté consommateurs, l’argument est souvent autant économique qu’écologique, en lien avec le pouvoir d’achat. Du côté des marques et des enseignes, les arguments sont multiples. Pour les marques ayant un certain prestige, il s’agit de prouver la qualité de leurs articles, capables de vivre plusieurs vies, de gérer leur image de marque et de canaliser les ventes de leurs produits, en seconde comme en première main. Pour les enseignes de grande distribution, le but est de capter une part du marché, notamment pour ramener du monde dans ces grandes surfaces un peu délaissées en temps de crise économique et sanitaire, et aller chercher de nouveaux consommateurs -les amateurs de vintage à petit prix- en espérant les fidéliser.
Peut-on encore créer une marque de Mode non vertueuse ?
On aimerait répondre d’un non catégorique, affirmer que les mentalités ont définitivement changé, que les nouveaux entrepreneurs comme les consommateurs d’aujourd’hui sont concernés par le développement durable avant tout…
La mode, est-elle vertueuse ?
Depuis quelques années, les marques qui décollent en France sont celles qui ont adopté des valeurs durables : le Slip Français, Sézane, Veja… Surtout dans les secteurs du jean et des baskets, les jeunes pousses sont porteuses de valeurs éthiques, cherchent le Made In France, en circuit court, avec des matières premières bio ou recyclées. Et ça marche !
Elles ont su attirer de nouveaux consommateurs, les Millénials notamment, sans doute par leurs valeurs en rupture, mais peut-être surtout – ne nous leurrons pas – par leurs produits trendy, leur discours et leur communication décalés, et un storytelling inspirant, bien dans l’air du temps.
Ces marques auraient-elles connues un tel succès en affirmant seulement leurs valeurs de développement durable ? Incontestablement non. Il suffit, pour en juger, de regarder le sort réservé aux quelques marques de textile bio sans autre discours. Enfin, il faut souligner un point essentiel : ces marques s’adressent à des populations ayant – ou se donnant – les moyens d’acheter des articles dont le prix moyen est bien plus élevé que la moyenne.
À l’opposé, devant la demande croissante <44 % des personnes âgées de 17 à 26 ans déclarent souhaiter une utilisation accrue de tissus eco-friendly dans la mode>, de plus en plus de grandes enseignes se lancent dans la commercialisation de produits certifiés bio ou éthique. Selon une étude de l’IFM (Institut Français de la Mode), ces marques souvent issues de grands groupes, adoptent la tendance éco pour améliorer leur image (83 %) ou augmenter leur chiffre d’affaires (65 %). Plus vertueux, certes, mais par opportunisme également. Et que dire quand on sait que la même étude révèle que seulement 8 % des enseignes textiles considèrent le développement durable comme une priorité.
Il faut être accessible à toutes les bourses





2020 a été une année noire pour le secteur de l’habillement. Si les ventes en ligne ont surperformé (+42 %), le chiffre d’affaires dans son ensemble aurait chuté de 55 %. À cette crise conjoncturelle, s’ajoute un chiffre structurel inquiétant : le budget des ménages alloué à la consommation d’habillement a reculé de dix points entre 1990 et 2020.
L’achat de vêtements – considéré comme non prioritaire – est fortement soumis au budget des ménages. Et lorsque le budget est serré, on regarde avant tout le prix.
En effet, selon l’IFM, 58 % des ventes totales réalisées sur le web le sont sur des produits à prix barrés. En 2020, les grands gagnants des achats d’habillement ont été Vinted, Vestiaire Collective, Veepee et Showroomprivé, des sites de seconde main ou de solderie donc, sites également plébiscités par les Millenials. Quant aux plus jeunes, au budget encore plus serré, ils n’hésitent pas à acheter sur des sites comme Shein ou à se fournir dans la Fast Fashion. Pour la majorité d’entre eux, la durabilité et l’éthique restent des questions très accessoires.
Or, la plupart des marques éthiques ont intégré parmi leurs valeurs le refus des promotions incessantes type Black Friday, ventes privées et autres.
Des entrepreneurs opportunistes
Résultat : à côté des marques aux valeurs éthiques, apparaissent nombre de mini labels qui travaillent en flux tendu en « customisant » des vêtements préconçus et achetés à bas prix aux mêmes fournisseurs que ceux de la Fast Fashion. C’est d’ailleurs l’un des modèles préconisés aux jeunes entrepreneurs qui souhaiteraient lancer leur marque de mode.
Et ce d’autant plus que l’un des marchés qui performe le mieux dernièrement est celui du streetwear, qui n’est pas le plus éthique qui soit. Nombre de sites ou boutiques proposent ainsi des tee-shirts ou sweat-shirts fabriqués en Asie ou au Maghreb, customisés à la demande sur place.
Il reste donc bien plus facile et plus rentable de lancer un label qui utilise les ressources de la Fast fashion, mais la communication des labels trendy : des petites productions, en flux tendu ou à la demande, à prix très abordable. Quitte à ne durer qu’un temps, et à changer de concept au gré des tendances.
Vive la Métamode !

Résoudre le problème de surconsommation, d’exploitation des ressources naturelles et humaines, tout en soutenant la création et en vendant quand même des vêtements – pour l’instant chers -, est chose faite avec le virtuel. Cela peut paraître surréaliste, et pourtant, 2020 a vu l’explosion de la mode virtuelle. Et l’annonce de créations de Métavers par Jerry Zuckerberg (ex Facebook devenu Meta), mais aussi d’autres acteurs du web du futur, comme c’est déjà le cas sur le jeu Fortnite, promet un bel avenir à la mode numérique.
En pyjama chez nous, nous pourrons ainsi créer des avatars qui revêtiront des vêtements choisis, voire co-créés et achetés en ligne.
The Fabricant, pionnier de la mode virtuelle, a créé dès 2019 Iridescence, la première robe virtuelle, vendue 9500 $ aux enchères. Et collabore avec nombre de noms de la mode, comme Under Armour ou Puma, pour créer le screenwear. Ici, pas de saison ou de surplus, mais des vêtements créatifs, voire délirants, où la Mode reprend ses valeurs.
Et comme le dit le créateur de The Fabricant : « La production numérique de mode génère moins de 10 % des émissions de carbone dans son cycle de vie (0,7 g de CO2) par rapport à un vêtement physique (8 g de CO2). La mode numérique ne finira jamais dans les décharges, ne générera jamais de déchets plastiques et ne contribuera jamais à la pollution de l’eau. »
Il paraît donc difficile de créer uniquement des marques de mode éthiques et durables. Car celles-ci demandent de la part des acheteurs un certain pouvoir d’achat que la grande majorité – surtout les plus jeunes, plus grands consommateurs de vêtements – n’ont pas.
À l’opposé, avec l’apparition de la mode numérique, doit-on s’attendre à un futur où l’on ne porterait plus que des vêtements physiques écologiques, sobres et utilitaires et où la créativité et l’excentricité auraient lieu dans les univers numériques ? Utopie ou dystopie, à vous de voir.
Les Bijoux haut de gamme redorent leur image
Quiconque a vu un jour les photographies prises en 1986 par Sebastião Salgado dans la mine d’or de Serra Pelada, dans l’État du Pará, au Brésil, ne peut plus regarder ses bijoux de la même façon. Illustrant la servitude moderne et les conditions de travail dans ces immenses mines aurifères, ces photos marquent à jamais. Et l’on peut dire la même chose des diamants, bien moins glamour après avoir vu le film Blood Diamond (avec Leonardi di Caprio, sorti en 2006) que Breakfast at Tiffany’s (avec Audrey Hepburn).
L’exploitation minière des pierres et des métaux précieux peut avoir des conséquences catastrophiques sur l’environnement et l’humain. C’est pourquoi, depuis une vingtaine d’années, les grandes marques de joaillerie et de nouveaux entrants sur le marché, avec l’appui des confédérations des professions et des ONG, tentent de nettoyer cette industrie, en choisissant des fournisseurs qui ont modifié leur mode de production et assurent une meilleure traçabilité.
L’or, une extraction aux sombres conséquences
Une extraction coûteuse en ressources naturelles
2500 tonnes d’or par an sont traitées pour faire des bijoux. Or, l’extraction aurifère fait partie des activités les plus polluantes et nécessite de larges quantités de minerais pour de faibles résultats. Selon l’ARM (Alliance for Responsible Mining), pour extraire 20g d’or, 70 tonnes de matière sont retournées dont 50 tonnes de terre, consommant 50 000 litres d’eau, et relâchant 430kg de CO2, sans parler du mercure et du cyanure utilisés comme solvants pour l’extraction dans les mines industrielles qui fournissent 90% du marché.
Extrêmement polluante et destructrice
Les plus grandes mines d’or déverseraient jusqu’à 1.900 tonnes de cyanure par an dans l’environnement. Ces pratiques engendrent une pollution des rivières et la destruction d’écosystèmes entiers.
Les conséquences peuvent être tout aussi désastreuses lorsque les bassins de rétention des eaux contaminées cèdent, comme en Roumanie en janvier 2000 ou au Brésil en 2015. En 2019, la rupture d’un barrage au Brésil a provoqué un tsunami de boue toxique (minerai de fer), qui a inondé la région du Minas Gerais en causant plusieurs morts et une catastrophe écologique.
En Guyane, le projet de la Montagne d’or – en plein cœur de la forêt primaire d’Amazonie – devait lui aussi utiliser la technique du bassin de rétention. Ce projet prévoyait l’exploitation de la plus grande mine à ciel ouvert française à partir de 2022. En mai 2019, l’exécutif a jugé le projet de mine Montagne d’or incompatible avec les exigences environnementales de la France.
Reste que le rejet du projet de Montagne d’or ne règle pas le problème de l’orpaillage illégal. La Gendarmerie estime à 10 000 les orpailleurs clandestins sur 500 sites. Pour séparer les paillettes d’or de la boue, ils utilisent du mercure dont une partie se répand dans la nature.
Et socialement impactante
L’utilisation de composants chimiques a aussi un impact sur les travailleurs et les populations locales. Les premiers sont au contact direct des produits toxiques, les deuxièmes subissent la pollution de leurs ressources naturelles. Ainsi, des villages d’Afrique, situés autour d’exploitations minières artisanales, sont directement touchés : la culture et la pêche ne peuvent plus être pratiqués.
Enfin, les conditions de travail posent un problème : travail des enfants, structures non sécurisées, bas salaires.
Des labels pour un or propre : Fairmined, Fairtrade


Parmi les labels développés pour un or plus éthique, deux se détachent : Fairmined, délivré par une ONG colombienne, et Fairtrade lancé par la fondation suisse Max Havelaar. Ces labels garantissent une traçabilité de l’or, avec des conditions d’extraction qui limitent, voire suppriment, l’utilisation de produits chimiques nocifs. Il s’agit aussi de respecter le droit du travail au sein des exploitations, et de garantir des salaires dignes, même au sein des petites exploitations artisanales. La convention de Minamata, signée en 2013, encadre plus fermement l’utilisation du mercure pour l’extraction aurifère.Si l’or Fairmined ou Fairtrade ne génère un surcoût que de 10 à 12%, la production reste extrêmement limitée : quelques centaines de kilos par an, alors que la production mondiale d’or est de 3300 tonnes.
L’or recyclé, de plus en plus utilisé
L’or est une ressource qui s’épuise, et dont les stocks sont limités. Or, on estime qu’il y a suffisamment d’or déjà extrait pour subvenir aux besoins de l’industrie joaillière des 50 prochaines années. Aussi, les joailliers soucieux de traçabilité ont surtout recours à de l’or recyclé et aux acteurs certifiés par l’organisme “RJC” (Responsible Jewellery Council), qui a développé une norme de référence pour toute la chaîne d’approvisionnement.
Cet or recyclé ne génère quasiment pas de surcoût, et c’est aussi un or qui a déjà eu une vie, sous forme de bijou ou à l’intérieur d’un composant électronique. Depuis le 1er janvier 2016, il n’est plus possible de recycler directement l’or des particuliers, l’opération doit faire l’objet d’un rachat d’or avant de pouvoir l’utiliser dans la fabrication du nouveau bijou. Le cours de reprise de l’or inclut alors les coûts liés à son affinage pour lui rendre son état pur d’origine avant de s’en servir pour créer un nouvel alliage.
Les diamants, une traçabilité facilitée par la concentration du secteur
La fin des « Blood diamonds »
Les diamants de la guerre sont devenus un sujet alarmant avec la guerre civile en Angola à partir des années 70 puis avec le conflit en Sierra Leone à la fin des années 90. Des ONG avaient alors découvert comment des groupes rebelles, l’UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et le Front Uni Révolutionnaire (RUF) en Sierra Leone finançaient leurs raids sanglants grâce à l’extraction de diamants dans des mines dont ils avaient pris le contrôle.
En mai 2000, sous l’impulsion de l’ONU, un sommet associe les pays producteurs qui souhaitent y adhérer (ses adhérents représentent désormais plus de 99% de la production mondiale de diamants), l’industrie du diamant et des ONG dans la ville minière de Kimberley, en Afrique du Sud. Ce sommet initie, alors, le Processus de Kimberley, conclu en 2003 qui établit un système de certification traçant l’origine et garantissant – en théorie – qu’aucun diamant brut ne soit un « diamant de la guerre ». En Suisse, l’Union de la bijouterie et de l’orfèvrerie suisse (UBOS) a développé, en 2006, un code de conduite à l’intention des négociants. D’autres systèmes de vérification et de traçabilité existent : Forevermark pour bien distinguer les diamants naturels, non traités, et provenant de lieux sans conflits, et Everledger, un registre sécurisé qui établit la chaîne d’approvisionnement de chaque gemme avec une certification stricte dans un coffre numérique.
Une régulation favorisée par la concentration
Deux faits ont permis au Processus de Kimberley de s’implanter fortement.
Le diamantaire belge De Beers qui, à la fin des années 90, occupait une position quasi monopolistique sur le marché. Ce dernier produisait environ 45% des diamants et vendait près de 80% de la production mondiale, ce qui lui attribuait un rôle de régulateur important. Et le fait que les diamants transitent toujours par quelques bourses bien connues, la plus importante étant à Anvers (encore 50% de la production mondiale), devant Tel Aviv, New York et Londres.
Un impact environnemental fort
Il est important car le secteur a besoin d’espace, de beaucoup d’eau et d’énergie. Si la quantité de produits polluants utilisée dans le processus de traitement de la pierre est presque insignifiante -surtout en comparaison avec l’or – le diamant pèse sur l’environnement. Creuser une fosse du volume de 26 000 piscines olympiques – comme c’est le cas pour la mine Victor, à Attawapiskat, dans le Grand Nord canadien, exploitée par De Beers – n’est pas anodin pour l’équilibre d’un écosystème. Mais depuis 15-20 ans, en plus du processus de Kimberley, les diamantaires ont fait des progrès importants en matière de pratiques responsables et transparentes.
L’étude commandée à Trucost, une filiale de S&P Global, par la Diamond Producers Association (DPA), organisme qui représente 75 % de la production mondiale, décortique l’impact sur la nature de ces grandes mines de diamants au Canada, au Botswana, en Australie ou en Russie.
Selon ce rapport, les activités des sociétés minières des producteurs de diamants naturels ont émis en moyenne 160 kilogrammes de dioxyde de carbone (CO2) pour 1 carat de diamant produit en 2016. Ils assurent payer leurs mineurs, issus de la population locale, 66% de plus que le salaire local et investir dans des programmes sociaux et d’éducation. Le rapport reconnaît cependant que, pour réduire l’impact environnemental, le secteur devra adopter davantage les énergies renouvelables, augmenter le recyclage des déchets miniers produits sur les sites, et continuer à améliorer la sécurité.
Les pierres précieuses, difficiles à « nettoyer »

Un secteur éclaté, difficile à réguler
En ce qui concerne les pierres précieuses de couleur, la problématique est différente. Si l’industrie travaille pour établir des normes internationales, le défi réside dans la façon dont la grande majorité des pierres précieuses colorées sont extraites. L’exploitation minière des pierres précieuses colorées est à plus petite échelle par rapport aux diamants – 47 pays sont concernés – et il pourrait y avoir jusqu’à 30 millions de mineurs artisanaux, dont environ 2 millions d’enfants. Elle est aussi liée dans certains pays, notamment la Colombie, au financement de conflits. De plus, la rareté des rubis et des émeraudes rend difficile l’identification de sources commercialement viables et une production à grande échelle quasi impossible. Une réglementation des méthodes de travail dans les mines est donc compliquée à mettre en place
Un essai d’encadrement
En 2010, L’Institut interrégional de recherche des Nations unies sur la criminalité et la justice (UNICRI), en coopération avec l’Institut international de Justice de Vienne et l’International
Colored Gemstones Association, a créé un partenariat public-privé afin d’améliorer la transparence, la réglementation, les conditions de travail et la durabilité dans la chaîne d’approvisionnement des pierres précieuses de la mine aux marchés d’exportation. Parmi les marques participant à cette initiative, on trouve Cartier, Bulgari, Dior, Tiffany & Co., Gemfields et des pays comme le Myanmar (Birmanie), le Kenya, la Colombia, le Brésil, Madagascar, le Mozambique, le Sri Lanka et la Tanzanie, de nombreux autres étant invités à les rejoindre
Les pierres de synthèse, la solution ?
Des structures identiques
Face à la raréfication des ressources naturelles, mais aussi et surtout, à la demande des plus jeunes, plus soucieux des questions environnementales, mais aussi du prix, la demande en pierres de synthèse a fortement augmenté ces dernières années.
Les diamants artificiels ne sont pas nouveaux. Le processus de fabrication des pierres artificielles trouve ses prémices au début du 20ème siècle, mais leur arrivée sur le marché de la bijouterie est plus récente. Si les diamants des mines sont le résultat de milliers d’années de processus naturel, ceux provenant de laboratoires sont créés en quelques semaines à peine. Fabriqués à base de carbone, ils affichent la même structure, les mêmes caractéristiques physiques, chimiques et optique, les mêmes dureté et brillance que des diamants traditionnels, mais ils ont moins d’impact sur la nature. Les diamants synthétiques certifiés se négocient 40 % moins cher.
- En France, le Joaillier Courbet est le spécialiste, avec en ligne de mire les Millenials, plus sensibles aux conditions d’extraction des pierres naturelles.
- En 2018, le numéro 1 mondial du diamant De Beers a aussi choisi de miser sur les diamants synthétiques à travers sa marque Lightbox Jewelry lancé aux Etats-Unis à des prix beaucoup plus abordables, tout en poursuivant son exploitation des pierres naturelles au sein de la Diamond Producers Association (DPA).
- Il y a quelques années, Pomellato avait été précurseur en sortant la collection « Rouge Passion » avec des pierres de synthèse écarlates.
- Swarowski a dévoilé une ligne de joaillerie fine à base d’or blanc éthique péruvien et de diamants de culture,
- Le Danois Pandora a décidé en mai 2021 renoncer aux diamants des mines au profit de ceux de synthèse
Un bilan discuté
L’étude de Trucost révélait que les émissions de gaz à effet de serre des pierres de synthèse sont estimées à 511 kilogrammes de CO2 pour 1 carat de diamants, soit 3 fois plus qu’un diamant naturel. La pierre de synthèse n’exploite pas la nature, mais a besoin d’une quantité d’énergie très importante pour sa production. D’où une controverse lancée par l’industrie du diamant naturel.
Car si certains fabricants commencent à utiliser les énergies renouvelables notamment en Californie, ce n’est pas le cas en Inde ou en Chine, où les énergies fossiles priment largement. Et Courbet, qui se présente comme un “joaillier écologique”, revendique un bilan carbone négligeable, grâce à une énergie d’origine nucléaire en France, solaire aux Etats-Unis et hydraulique en Russie. Les deux camps n’ont pas fini de s’opposer.
Des marques qui s’engagent






Tous les grands joailliers ont désormais mis de l’ordre dans leurs collections, challengés par des nouveaux venus
Les grands joailliers transparents
- Chopard a lancé en 2013 sa collection Green Carpet, la première ligne de joaillerie haut de gamme avec de l’or Fairmined et des pierres éthiques, et l’a généralisé à tous ses bijoux en 2018, s’engageant à acquérir son métal précieux auprès de fournisseurs responsables, répondant aux meilleurs standards environnementaux et sociaux, des artisans de petites communautés minières rattachées à des organisations officielles, via les programmes Fairmined et Fairtrade, ou d’une raffinerie de la filière Responsible Jewellery Council (RJC).
- Chez LVMH, toutes les marques du secteur d’activité montres & joaillerie (Bvlgari, Tiffany & Co., Chaumet, Fred, Dior, Hublot, Tag Heuer) sont certifiées RJC. En 2017, 98,5 % des diamants achetés étaient certifiés RJC.
- Bulgari a obtenu en 2015 la certification Chain of Custody mise en place par le RJC pour l’or
- Le groupe Cartier (groupe Richemont) soumet tous ses achats de diamants au système de Garanties du processus de Kimberley depuis 2003 et a été certifié dès 2011 par le Responsible Jewellery Council (RJC).
- Le groupe Kering (Boucheron, Pomellato, Dodo, Gucci), lui, a pour objectif d’atteindre 100 % d’or responsable d’ici à 2025, provenant de plusieurs sources éligibles qui combinent l’or certifié Chain of Custody du RJC avec de l’or provenant de mines artisanales certifiées Fairmined ou Fairtrade. Ou encore provenant de mines ayant banni l’utilisation du mercure dans leurs procédés d’extraction
- Voulant aller plus loin que l’approvisionnement, La Maison Cartier, Kering et le Responsible Jewellery Council ont lancé en octobre 2021 la Watch and Jewellery Initiative 2030, qui réunit des acteurs du secteur de l’horlogerie et de la joaillerie désireux de s’engager sur un ensemble d’objectifs ambitieux et communs dans trois domaines : renforcer la résilience climatique, préserver les ressources et favoriser l’inclusion.
Les nouvelles marques :
De nombreuses marques émergent, qui favorisent circuit court, up-cycling, recyclage, savoir-faire artisanal. Dans la lignée du Britannique Cred, pionnier dès 1996, avec de l’or Fairmined et Fairtrade et des pierres recyclées, on peut citer en France : JEM (Jewellery Ethically Minded, or Fairmined), mais aussi Douze Paris (or recyclé, pierres authentifiées), DFLY (diamants de synthèse et or recyclé 18K), Courbet (or recyclé et diamants de synthèse), Héloïse & Abélard (or recyclé et diamants de seconde main), Elise Tsikis (or 24k recyclé, circuit court et maîtrisé). Pour n’en citer que quelques-unes.
En matière de joaillerie, les conflits dans les pays où se situaient les gisements ont provoqué un déclic dès les années 1990, menant à une meilleure réglementation sur la provenance et la traçabilité. Ils ont permis à ces industries d’engager assez tôt un tournant vers une politique durable, éthique, sociale et environnementale, renforcée par les exigences d’une nouvelle génération de consommateurs du luxe. Reste que les exploitations minières, même mieux encadrées, dénaturent les sols et bouleversent le paysage durablement.
Les Bijoux fantaisie sont-ils clean ?
Quand on pense à la Fast Fashion, on pense aux vêtements. Pourtant, ses méthodes et ses travers ont aussi gagné le secteur des bijoux. Les enseignes de fast fashion ont quasiment toutes leur rayon bijouterie, sans compter les enseignes dédiées qui se sont créées. Et si tout existe dans cet univers, de la méga entreprise au plus petit artisan, trouver un bijou fantaisie totalement clean est encore bien compliqué.
Le bijou, devenu accessoire bon marché
Il est loin le temps où l’on ne possédait qu’un ou deux bijoux, de valeur et souvent de famille, que l’on ne portait que dans de grandes occasions. Sans même remonter au temps de la fameuse nouvelle « La Parure » de Maupassant (où l’épouse d’un simple employé s’endette à vie pour racheter une parure qu’on lui a prêtée et qu’elle a perdue).
Du « faux bijou » au bijou fantaisie
Au XVIIe siècle, les riches familles font régulièrement faire des copies de leurs bijoux en métaux moins précieux et pâte de verre. Au XIXe siècle, avec l’essor de la bourgeoisie, on crée le « plaqué or ». Puis, Coco Chanel crée les premiers « faux bijoux » dans les années 1930, avec des pierres semi-précieuses, de fausses perles, du strass et des rubans.
Mais, c’est la Seconde Guerre Mondiale, période à laquelle les métaux précieux se raréfient, puis les Trente Glorieuses, qui vont entraîner l’essor du bijou fantaisie, non plus comme une copie de bijoux précieux, mais comme une création en soi.
Dans les années 60 et 70, au moment où la garde-robe féminine est révolutionnée par le prêt-à-porter, les mini-jupes et le flower power, le bijou devient ethnique ou pop, coloré et original, aux formes géométriques, en métal, ambre, en bakélite ou en plastique.
Le bijou n’est plus vu comme un marqueur social, mais comme un objet quotidien et accessible, et aussi une expression de sa personnalité
Le tournant du XXIe siècle : la fast bijouterie






Il suffit de se balader dans un centre commercial pour se laisser tenter. En passant de Claire’s à Moa, Lovissa à H&M, Parfois à Accessorize, on est confronté à une surabondance d’articles alléchants et colorés, hautement instagrammables. Des bagues aux boucles d’oreilles, parfois proposés par pack de 10 ou 20, achetées sur un coup de tête à des prix défiant toute concurrence, dont certaines ne passeront pas la semaine, ou donneront à la peau une couleur vert de gris peu ragoutante !
L’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du commerce en 2001 a provoqué pour le bijou le même mouvement que pour la mode. Beaucoup de marques de bijoux fantaisie fabriquent désormais en Chine ou au Bengladesh, l’Inde gardant la bijouterie fantaisie de luxe aux pierres semi-précieuses. Si le bureau de création se trouve en France ou dans tout autre pays occidental, la production est délocalisée. La loi du moindre coût prime.
Le bijou fantaisie est devenu un objet bon marché, fabriqué à profusion, dans un temps très court, avec les mêmes conditions de travail déplorables et la même main d’œuvre bon marché que pour le vêtement. C’est désormais un simple accessoire de mode, aux collections sans cesses renouvelables, interchangeable… et jetable.
Des bijoux peu durables, voire dangereux

Si l’on trouve désormais pléthore d’informations sur les conditions de fabrication, l’origine et la traçabilité en joaillerie et bijouterie fine, il faut souligner qu’il est beaucoup plus complexe de trouver des informations sur la fabrication des bijoux fantaisie et leur impact.
Les sites internet des grands revendeurs comme des marques plus haut de gamme n’ont souvent aucune information sur une quelconque politique RSE, et bien souvent on n’y trouve même pas – ni sur les packs des bijoux en boutique – les matériaux utilisés.
Et de ce fait, ce sont surtout lorsque des incidents remontent que l’on voit l’envers du décor.
Des bijoux trompeurs, parfois toxiques
Les bijoux fantaisie font l’objet d’une réglementation spécifique, compte tenu de la toxicité du plomb, du nickel et du cadmium. Le plomb est classé par l’OMS parmi les 10 produits chimiques gravement préoccupants pour la santé publique. Le cadmium peut engendrer des problèmes sur le foie et le système respiratoire, il est considéré comme cancérigène. Malgré cela, on trouve régulièrement des bijoux fantaisie qui ne respectent pas les normes européennes.
L’enquête de la DGCCRF
La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, s’est penchée en 2016 sur le secteur de la bijouterie fantaisie et tout particulièrement sur sa manière de communiquer, le bien fondé des informations avancées et surtout les effets de ces bijoux sur la santé des consommateurs. Ce sont en tout 758 fabricants, enseignes spécialisées, grossistes, ateliers de fabrication et artisans-revendeurs sur les marchés qui ont été passés au crible. Dans un second temps, les services de la DGSE ont contrôlé plus spécifiquement 144 produits : nature des composants (pierres, métaux, perles, verres colorés.) et dangerosité. Au final, plus de 30% des produits se sont révélés non conformes. Le plus grave étant la présence de métaux lourds et/ou de substances allergisantes dans un tiers d’entre eux. Les concentrations en plomb, cadmium et/ou nickel étaient supérieures à celles recommandées par les normes réglementaires. Si bien que ces bijoux ont été déclarés « dangereux » pour la santé. Pour 11 des prélèvements, il est apparu des anomalies entre la composition indiquée et la composition réelle : « pierre » pour de la pierre reconstituée, « plaqué or » pour une couche d’or inférieure à 3 microns, « cristal » pour du verre, « perle » pour des perles d’imitation…
L’étude de 60 millions de consommateurs
En 2018, la revue analysait 12 paires de boucles d’oreilles et huit bracelets en vente dans des enseignes telles qu’Asos, Balaboosté, Claire’s, Forever 21, H&M et Primark. L’enquête a montré la présence de plomb, de cadmium et de nickel, mais heureusement dans des quantités inférieures à la réglementation.
L’interdiction de vente de la marque Wish
Fin 2021, le déréférencement de la plateforme américaine de vente en ligne Wish a été demandée par les services français de la répression des fraudes. Après analyse des 140 produits vendus sur Wish, 90% des appareils électriques étaient jugés dangereux, tout comme 62% des bijoux fantaisie en raison de présence de métaux lourds, et 45% des jouets.
Des matières premières polluantes
Mais même lorsque ces produits sont conformes, sans danger pour le consommateur, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont durables. Même les bijoux de petits créateurs, fabriqués en conformité, utilisent des matériaux extraits ou produits de façon polluante pour certaines.
Laiton et zinc, les métaux les plus fréquents
Le laiton est utilisé depuis la Préhistoire pour les objets d’ornement. Il a aujourd’hui une place de choix dans la fabrication de bijoux fantaisie de qualité, car il offre de nombreux avantages. Également appelé « cuivre jaune », cet alliage tire sa couleur jaune du zinc et sa solidité du cuivre. Outre sa solidité et sa couleur, il résiste à la corrosion et à l’eau salée. Enfin, il ne provoque aucune allergie de contact. Mais, c’est le laiton qui laisse parfois sur les doigts ces dépôts verdâtres. En effet, le laiton se corrode en présence d’humidité, de chlorure, d’ammoniac et de certains acides. Lorsque le cuivre réagit pour former du sulfure de cuivre, et si il est très exposé à de l’eau légèrement acide (eau de pluie, douche à l’eau chlorée, transpiration…), il s’oxyde à l’air pour former une patine de sulfate de cuivre vert-bleu. Les enseignes bon marché, elles, lui préfèrent le zinc, bien moins cher.
Le cuivre, à l’origine d’un désastre environnemental et humain
Si le cuivre et le zinc, nécessaires au laiton, sont bien loin des coûts énergétiques et émissions de CO2 liés à la production de l’or, de l’argent ou du platine – qui battent tous les records – il n’en reste pas moins que ces deux métaux ne sont pas sans conséquences.
Le cuivre dont l’extraction a explosé ces dernières années – plus en lien avec les besoins en semi-conducteurs pour l’électronique qu’avec la bijouterie – a provoqué un désastre environnemental notamment au Chili. En effet, l’économie de ce pays dépend fortement de ses exportations de cuivre. Or, la teneur du minerai en cuivre qui était de 1,34 % en 1990 est tombée progressivement à 0,61 % en 2018. Ce phénomène, qui explique pourquoi Il faut extraire toujours plus et toujours plus profond pour obtenir la quantité nécessaire, ne fait qu’augmenter avec la transition énergétique. Les déchets miniers s’accumulent. L’arsenic et l’acide sulfurique, qui sont utilisés pour l’extraction du cuivre, sont déversés dans les champs, l’eau et l’air. Ils tuent les plantes, le bétail et même les hommes. Cette industrie minière très importante pour le Chili, à l’origine de la pollution de l’eau et de l’assèchement des fleuves, entraine le déplacement de la population. D’où l’apparition de villes fantômes qui se multiplient, depuis 20 ans, de façon inquiétante
Le plastique, pas fantastique
Les bijoux fantaisie sont souvent composés de plastique coloré. On ne reviendra pas sur l’énorme impact environnemental du plastique, aussi bien dans sa production en tant que dérivé du pétrole, que par sa pollution en fin de vie. Ces bijoux de petit format, qui finissent à la poubelle, ne sont pour l’instant pas recyclable. Un énorme gâchis économique et environnemental.
Les seuls bijoux durables : recyclage et upcycling
Attention à la fausse durabilité
En effet, on peut voir de nombreuses petites marques de bijoux afficher des mentions s’approchant du « greenwashing ». L’une des plus courantes est la mention « fait main » qui ne qualifie nullement la traçabilité et l’origine non polluante de la matière première, ni même la production dans des conditions décentes. De plus, le « fait-main », en Chine ou en Inde, ne garantit nullement un salaire décent et de bonnes conditions de travail. D’ailleurs, hormis les articles de pacotille produits industriellement, la majorité des bijoux sont « fait-main ».
Le recyclage des matières premières
De plus en plus de revendeurs et marques ont cependant fait des efforts en prenant des engagements sur leurs chaînes d’approvisionnement en rejoignant des initiatives telles que la Sustainable Apparel Coalition, Greenpeace Detox Campaign ou en adoptant des packaging FSC. Par ailleurs, comme pour l’or et l’argent, on voit un intérêt grandissant chez les jeunes marques pour les matériaux recyclés : bois, zinc ou bioplastiques.
L’upcycling, un bijou unique





Là encore, ce sont généralement des marques artisanales qui le proposent. On peut voir des bijoux upcyclés à partir de bijoux ou objets de marques, comme chez Gigiparis, collectif d’antiquaires et créateurs, qui proposent des bijoux à partir de boutons de grandes marques (Chanel, Saint Laurent) chinés. Idem chez les Trouvailles de Romy, HLife Création ou Herez Paris. Entre recyclage et upcycling, on crée alors à partir de l’existant sans procédé chimique. Et on obtient un bijou unique.
Mais on voit aussi exploser la proposition de bijoux fabriqués à partir de « déchets ». Outre les boucles d’oreilles en capsules Nespresso upcyclées, on peut citer les jolies boucles d’oreilles de la marque Cohbo, créées au Havre à partir de déchets marins récupérés sur la plage et de peintures de graffiti écaillées tombées sur les blockhaus. Fanny Inserra, jeune créatrice lilloise, imagine des modèles créés à partir des chutes de plexiglass d’une entreprise locale, et de pièces chinées et récupérées. Les exemples sont multiples.
Le bijou fantaisie a suivi la même voie que la mode avec l’émergence de la Fast Jewelry, des produits vite produits, à petits prix, vite consommés et vite jetés. Mais comme dans la mode, un nouveau courant émerge, avec des jeunes marques ayant une vision plus durable et responsable et des initiatives intéressantes.
5 idées pour ralentir la fast fashion
La fast fashion, c’est-à-dire la production effrénée de vêtements par de grandes chaines mondiales, fait des ravages écologiques qu’il est urgent de réduire. Face aux géants de la mode jetable, seuls nos choix de consommation peuvent faire la différence. Résistance à la fast fashion, mode d’emploi en 5 gestes pour une mode vertueuse.
Acheter moins
Tout simplement. La fast fashion repose sur l’attraction irrésistible de nouveaux modèles à prix cassés, proposés chaque semaine ou presque, en magasin. Pas cher pour nous, le prix est pourtant élevé pour ceux et celles qui les fabriquent à l’autre bout de la planète, dans des conditions parfois proches de l’esclavage. En plus des hommes et des femmes exploités, la nature aussi paie le prix fort : forcément pour avoir des prix si bas, les processus de production ne sont pas clean, surtout dans des pays producteurs où les législations sont moins strictes. Ce sont autant de déchets et produits nocifs et chimiques qui sont déversés dans la nature, autant de fibres synthétiques issues du pétrole (acrylique, polyester, polyamide) qui sont utilisées et des quantités astronomiques de fibres de coton, dont la culture très gourmande en eau, épuise les sols. Alors avant d’acheter, on réfléchit : en ai-je besoin ? Est-ce que j’en ai déjà un ? Combien de fois vais-je le mettre ? Puis-je attendre ?
Acheter d’occasion et vintage

Pour chaque habit qui n’est pas acheté neuf, ce sont autant de matières premières, d’emballages, de produits chimiques et de colorants polluants qui ne sont pas utilisés. Et quelle économie ! C’est aussi valable pour les vêtements vintage à acheter dans les friperies qui existent aussi en ligne aujourd’hui. La surconsommation permet de trouver des vêtements d’occasion très peu portés, voire neufs. Et si vous vendez vos vêtements à votre tour, vous évitez aussi le gaspillage et la production excessive de déchets textiles qui sont parmi les plus importants au monde. Attention toutefois à l’effet pervers de la vente d’occasion facile : ne pas acheter sans réfléchir sous prétexte que l’on pourra toujours revendre l’article ensuite.
Acheter éthique
Il faut acheter moins, et mieux. Sélectionnez des marques françaises qui coutent plus cher, certes, mais qui sont de meilleure qualité. C’est un choix éthique qui permet d’acquérir une ou deux belles pièces là où, pour le même prix, vous en auriez eu 5 ou 6 de piètre qualité. Achetez aussi les vêtements des marques de mode durable et éthique qui affichent leurs procédés de fabrication en toute transparence : juste rémunération des travailleurs, sourcing éthique de leurs matières premières, produits éco conçus et process écologiques. La mode des petits créateurs est une mode plus vertueuse et plus originale. Valorisez aussi les entreprises qui reversent une partie de leurs bénéfices à des organismes ou associations en faveur de la planète et de la mode durable.
Promouvoir le recyclage et l’upcycling
Certaines marques ont fait du recyclage leur marque de fabrique et produisent exclusivement à partir de tissus ou matières recyclées. D’autres vont revendiquer l’upcycling, c’est-à-dire la transformation d’articles déjà existants en nouveaux modèles. Dans ce cas, les fibres synthétiques sont une manière de recycler le plastique qui, une fois fondu, peut facilement être transformé en fils que l’on tisse. Cette démarche engagée a le double mérite de répondre à la fois au problème des déchets textiles puisqu’ils sont réutilisés, mais aussi d’une production moins polluante puisqu’elle ne nécessite pas la production de matières vierges. Encore un peu confidentielles, ces marques de mode, que vous pouvez trouver sur internet facilement, sont en passe de devenir la nouvelle norme de la mode de demain.
Organiser un échange de vêtements

Le concept est simple : rassemblez des copines, voisines, connaissances, chez l’une d’entre vous. Chacune apporte des vêtements dont elle ne veut plus. Les vêtements sont mis en commun, triés par type (vestes, pantalons…). Chacune à tour de rôle peut aller se servir -gratuitement- dans une des catégories et prendre un article. On peut s’aider de chiffres à tirer au hasard pour désigner celle qui commence. La première peut choisir dans les vestes, la seconde peut choisir en premier dans les jupes etc… Au final, quand chacune a pu prendre ce qu’elle voulait, c’est le moment des essayages : on repose ce qui ne nous va pas et on peut recommencer. Si l’on a pris une pièce qu’une autre voulait, il suffit d’échanger. L’ambiance est bon enfant. Les vêtements dont personne ne veut sont donnés à des œuvres caritatives. Difficile de concurrencer ces échanges qui permettent de refaire sa garde-robe gratuitement !
La fast fashion a peut-être encore de beaux jours devant elle car les consommateurs et consommatrices sont encore dans le tourbillon de la surconsommation, mais les géants ont des pieds d’argile. En effet, de plus en plus de personnes ont pris conscience de leurs modes de production et se tournent désormais vers des solutions plus clean. Vous avez la chance d’avoir le choix, alors faites celui de la slow fashion, de la mode éthique, clean et durable.
Pourquoi la mode est-elle accro au pétrole ?
Si l’on vous dit que la mode est accro au pétrole, vous pensez probablement aux millions de kilomètres parcourus par les textiles, récoltés en Afrique/Amérique latine, traités en Asie et revendus en Europe/Etats-Unis. Et bien c’est loin d’être le pire, selon un rapport de l’association Changing Markets Foundation paru en février 2021. Ce rapport de 45 pages, intitulé “Fossil Fashion : The Hidden Reliance of Fashion on Fossil Fuels” (« La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux combustibles fossiles »), qui a mis en exergue la dépendance de l’industrie de la mode – et surtout de la Fast Fashion – au pétrole. Il alerte sur la part croissante de fibres synthétiques dans nos vêtements, notamment le polyester, et sur ses conséquences environnementales.
Si bien que cette étude rebaptise la Fast Fashion en Fossil Fashion.
Le polyester, dans plus de la moitié de nos vêtements
Ce rapport, qui s’appuie sur plus de 150 références de cabinets de conseil, d’institutions et d’organisations non gouvernementales, apprend que l’Industrie de la mode est de plus en plus dépendante des fibres synthétiques, et donc du pétrole. Si ces textiles sont utilisés dans les chaussures, les tapis ou encore les meubles, les vêtements représentent de loin le premier débouché pour les fabricants de fibres synthétiques (70 % du marché mondial des fibres synthétiques en 2019). Or, avec l’essor de la Fast Fashion, qui produit des vêtements à bas prix, l’utilisation des fibres synthétiques a doublé au cours de ces vingt dernières années. Et quand on parle de fibres synthétiques dans les vêtements, on parle avant tout de polyester. Faites un tour dans vos armoires et regardez les étiquettes : il y a fort à parier que vous trouviez le polyester sur la moitié des compositions. Apprécié pour sa résistance, son élasticité, son faible pouvoir absorbant ou encore ses propriétés anti-UV, on trouve du polyester partout : dans les vêtements de sport, les maillots de bain, les vêtements d’été.
Aujourd’hui, le polyester est dans plus de la moitié des textiles produits dans le monde. L’année 2020 a été un jalon : pour la première fois, les volumes de polyester utilisés dans les vêtements ont dépassé ceux du coton. Et cette part devrait encore augmenter : les fibres synthétiques (qui incluent aussi l’acrylique, l’élasthanne, le Lycra) pourraient représenter 70% de la production mondiale de fibres en 2030 et le polyester représenterait alors 85% de cette part.
Le polyester, une matière gloutonne en pétrole
Le polyester est un dérivé de pétrole, énergie fossile non renouvelable. Il faut 1,5 kg de pétrole pour créer 1 kg de polyester. 45 millions de tonnes de polyester ont été produites en 2020.
En 2015 pour la COP21, le Huffpost publiait un article sur l’impact environnemental de l’industrie textile dans lequel on pouvait lire que 70 millions de barils de pétrole sont nécessaires, chaque année, à la fabrication des fibres de polyester par l’industrie textile.
Si bien que l’industrie de la mode consomme, à elle seule, 1,35% de la production mondiale de pétrole pour la production de fibres synthétiques.
Selon Urska Trunk, Directrice de campagne de Changing Markets Foundation : « Peu de consommateurs sont conscients du fait que la fast fashion est en réalité la « fossil fashion ». L’addiction des marques de mode au polyester bon marché et autres fibres dérivées du pétrole intervient à un moment où le monde délaisse progressivement les énergies fossiles. Mais au lieu d’abandonner les fibres synthétiques, qui constituent un désastre écologique, les marques veulent que vous pensiez qu’elles ont la situation bien en main et qu’elles peuvent continuer de produire toujours plus de vêtements ».
Une empreinte carbone en expansion
Outre les conséquences sur l’environnement – les microplastiques déversés dans les océans à chaque lavage, notamment – l’association rappelle qu’en 2015, l’empreinte carbone liée à la production du polyester représentait 700 millions de tonnes de CO2, “soit l’équivalent des émissions annuelles du Mexique ou de 180 centrales électriques à charbon”. Et cette empreinte carbone devrait doubler d’ici la fin de la décennie. En effet, les procédés de production de ces fibres synthétiques sont de plus en plus polluants, avec des matières premières issues du gaz obtenu par fracturation hydraulique. De plus, Hengli, l’un des principaux producteurs de polyester chinois, a annoncé en juin 2020 vouloir investir 20 milliards de dollars dans la fabrication de fils de polyester à partir du charbon.
La mode, peu encline à l’utilisation de fibres synthétiques recyclées
Si quelques marques responsables produisent désormais à partir de polyester recyclé pour réduire leur empreinte carbone, le phénomène reste très marginal, et pour cause ! “Actuellement, moins de 1% des vêtements sont recyclés pour en faire de nouveaux, et la part de polyester recyclé est en déclin”, affirme le rapport. Cette dernière représentait 14% en 2019, selon le rapport de Textile Exchange Preferred Fiber & Materials Market Report 2020. Elle passerait à 7,9 % de la production totale de polyester d’ici à 2030, selon les données 2021 du cabinet Tecnon OrbiChem. Plus globalement, selon Changing Markets Fundation, la filière ne prend pas assez en compte l’économie circulaire dans sa production, continuant d’utiliser des mélanges très peu recyclés et recyclables.
Concurrence sur le PET
Le polyéthylène téréphtalate (PET), la résine utilisée pour produire la fibre polyester (mais aussi les bouteilles d’eau), est désormais très convoitée dans sa version recyclée. Les contraintes réglementaires liées à la fin de l’usage du plastique unique en Europe, obligent les multinationales produisant boissons et biens de consommations (notamment les cosmétiques) à s’approvisionner dans cette résine recyclée, engendrant une hausse des prix. Face à ces prix dissuasifs, l’industrie du textile fait le choix du PET vierge, beaucoup moins cher.
En conclusion, ce rapport demande à l’Union européenne de mettre un frein à la surproduction de la « fast fashion ». La solution pourrait être la mise en place d’une réglementation concernant la production des textiles synthétiques, à la manière de celle concernant les plastiques à usage unique ?
Mode et déforestation, quel est le rapport ?
A priori, on ne pense pas à l’industrie de la mode quand on évoque la déforestation de l’Amazonie, mais plutôt aux diatribes de Jair Bolsonaro et aux brûlis pour étendre les cultures de palmiers ou de soja. Et pourtant, une étude de Stand.earth, sortie en décembre 2021, établit un lien indirect qui révèle un impact majeur.
La déforestation causée par l’élevage bovin dans la Forêt amazonienne équivaut à 2% des émissions globales de CO2 annuelles, soit l’équivalent de l’ensemble du trafic aérien !
Après cette lecture, vous ne regarderez plus vos bottines ou votre sac à main de la même façon.
Le poumon de la planète est devenu un émetteur de CO2

Entre les incendies et les activités agricoles intensives, la plus grande forêt tropicale du monde connaît un déclin dramatique ces dernières années. L’exploitation forestière dans la plus grande forêt tropicale du monde s’est étendue sur 13 235 km2 au cours de la période 2020-2021, selon les données du système de surveillance de la déforestation Prodes, de l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bolsonaro, en 2019, grâce en partie au soutien du puissant lobby de l’agronégoce, la moyenne annuelle de déforestation dépasse 10 000 km2 – l’équivalent de la superficie du Liban – contre environ 6 500 km2 pendant la décennie précédente. Déjà, une étude publiée en avril 2021 dans Nature Climate Change montrait, qu’entre 2010 et 2019, l’Amazonie brésilienne avait émis environ 18% de plus de carbone qu’elle n’en avait absorbé. Cela équivaut à 4,45 milliards de tonnes rejetées, contre 3,78 milliards de tonnes stockées. Identifiée comme « point de rupture » par les experts, la déforestation de la forêt amazonienne pourrait mener à terme à un dérèglement « dramatique et irrémédiable » du climat.
L’élevage bovin, première cause de déforestation de l’Amazonie
C’est un fait peu connu, mais une grande partie du cuir de nos chaussures, sacs et autres accessoires en cuir, proviendrait en fait de vaches élevées dans la forêt amazonienne. Et cet élevage de bétail est en fait la première cause de la déforestation en Amazonie, en raison des milliers d’arbres détruits pour transformer ces régions en zones de pâturage. Contrairement à ce que l’on croit, l’industrie du bétail arrive loin devant l’huile de palme, le soja ou le cacao, ce qui en fait la première cause de déforestation de la forêt amazonienne, comme l’avait déterminé un rapport du World ressources institute. 36% des 45 millions d’hectares de forêts détruites entre 2001 et 2015 l’ont été pour y installer des bovins.
Le Brésil, premier exportateur mondial de peausseries bovines


Le Brésil compte le plus gros cheptel bovin mondial, soit 215 millions de têtes. Outre sa viande, ce bétail fournit de vastes quantités de cuir, qui inondent les marchés mondiaux, puisque 80% de la production brésilienne de cuir bovin est exportée, principalement vers la Chine (41,6%), l’Italie (27,3%), le Vietnam (9,6%) suivis de nombreux autres pays. L’industrie du cuir brésilienne a rapporté 1,1Md$ en 2020, aux principaux producteurs que sont JBS – de loin le principal – suivi par Minerva et Fuga Couros. Pour répondre à la demande des consommateurs en matière de portefeuilles, sacs à main et chaussures en cuir, l’industrie devra abattre 430 millions de vaches par an d’ici à 2025, rappelle un article du journal anglais The Guardian.
De nombreuses grandes marques auraient des liens directs ou indirects avec ces fournisseurs de peaux
Stand.earth a analysé des millions de datas issues de données publiques ou de données de douanes. L’analyse fait apparaitre une grande opacité sur toute la chaîne logistique (déforestation, abattage, tannerie du cuir, fabrication des vêtements). Au final, de nombreux liens ont été établis entre les sous-traitants, les marques et les six principaux exportateurs brésiliens de cuir.
Pour ne parler que de JBS – le plus grand exportateur de cuir brésilien, connu pour son impact dans la déforestation de l’Amazonie, et dont les pratiques illégales ont été reconnues – il s’agirait de plus de 50 marques reliées à lui. Si l’étude ne démontre pas un lien direct entre chaque marque et la déforestation de l’Amazonie, les chercheurs ont néanmoins trouvé de multiples connexions dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de l’industrie de la mode. Ces liens ne constituent pas des preuves absolues, mais démontrent que les marques ont de fortes probabilités d’utiliser des peausseries provenant de la déforestation.
En tout, une centaine de marques seraient concernées. Il s’agit de grands noms du sportswear (Reebok-Adidas, Puma, New Balance, Nike, Converse, Vans, Dr Martens, Camper, Caterpillar) comme de marques de fast fashion (Zara, H&M, Gap ou Marks&Spencer) ou encore de griffes haut de gamme comme Coach, Ralph Lauren, Chloé, Lacoste, Fendi (LVMH), DKNY ou Michael Kors.
La certification ne promet pas un cuir non tiré de la déforestation

Deux tiers des entreprises potentiellement concernées n’ont aucune politique d’engagement RSE sur le sourcing du cuir provenant de la déforestation, d’autres (22 sur 74) ont pourtant pris des engagements, auxquels elles risquent de contrevenir, parfois sans le savoir, par le biais d’intermédiaires et de fournisseurs. Certaines sont même regroupées dans le Leather Working Group (LWG) qui a promis de prendre prochainement des engagements sur le cuir de la déforestation, et qui, pour l’instant, n’évalue les tanneries que sur leur capacité à tracer le cuir jusqu’aux abattoirs, et non jusqu’aux élevages. De ce fait, la certification LWG ne garantit, pour l’instant, en rien qu’un cuir ne provienne pas de la déforestation.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, nos chaussures sont bien en cause dans la déforestation de ce qui était autrefois le poumon de la planète. Alors, même si on n’a pas l’intention de devenir vegan ou d’abandonner le cuir, il est temps d’exiger de nos marques préférées qu’elles fassent un effort supplémentaire sur le sourcing de leurs peausseries.
Les comptes Insta de la Mode Ethique à suivre
Parce que la façon de s’habiller peut aussi être un acte militant, de nombreuses influenceuses de la Mode éco-responsable fleurissent sur Instagram. Des filles engagées, des comptes inspirants et de bonnes idées à piquer ! Vite, on follow !
L’industrie de la mode est de loin l’une des plus polluantes. Mais, la « bonne nouvelle » est qu’il existe de nombreux leviers d’action. En effet, suite à la prise de conscience écologique, de nombreuses initiatives ont vu le jour pour limiter l’impact de la mode sur la planète. On a vu de nombreuses marques décider de mieux choisir leurs matières premières, mais aussi de nouveaux gestes apparaître de la part des consommateurs.
En manque d’idées ? Voici les comptes Instagram à suivre pour faire le plein de bonnes idées écoresponsables dans le secteur de la mode.


Parmi les nombreux comptes d’influenceuses de mode responsable, @chamellow est considéré comme une référence en matière de clean fashion. Ce compte très frais allie à la fois des looks à piquer, des marques clean à découvrir et des photos… d’art !
On apprécie aussi beaucoup le compte @elenasansh, une écolo-bobo qui aime la mode éthique et qui nous partage ses tips, ses sélections mode, ses marques coup de cœur.





Du côté des pros de la mode vintage, on suit sans hésiter @claravyctoria pour ses looks inspirés, @odael_vintage pour les pièces hyper colorées que cette chineuse trouve pour nous et @rosabohneur pour toutes ses idées décalées !
Pour les comptes officiels, on vous conseille @clearfashionapp pour apprendre à décrypter les dessous de nos dessus, et pour les bilingues le compte @fash_rev, « fashion revolution », tout un programme pour devenir incollable sur les droits humains et les obligations morales des marques que l’on achète.
Idées pour adopter la Mode Eco-responsable au quotidien
Acheter en seconde main, faire du tri dans ses placards, vérifier la provenance du coton… tout cela c’est très bien. Mais pour aller encore plus loin, voici 3 idées à suivre :





- Pour devenir une acheteuse de Vintage hors-pair, Aurélie Vassy, @shine_a_lot_aurelievassy, auteur de « Les 1001 vies du vintage » (Éditions Kiwi) conseille, entre autres, d’apprendre à acheter aux enchères en ligne. Notamment sur les sites comme drouotonline.com, interencheres.com ou encore auction.fr. Une manière originale de trouver LA pièce qui va faire saliver d’envie les copines sans pour autant renier vos principes ni vider votre compte PEL !
- Pour éviter de vous séparer de vos habits passés de mode, Mathilde Lepage, de @MakeMyClothesGreatAgain, et auteur de « Changeons de mode » (Éditions Eyrolles) incite à découvrir l’upcycling ou l’art de faire du neuf avec du vieux. D’une vieille chemise, une jupe ou un top… rien ne se perd si on a un peu d’imagination (et une paire de ciseaux !).
- Pour trouver son style en mode éthique, Charlotte Msellati, personal shopper, partage ses coups de cœur sur son compte insta @charlottemsellati. Dans son livre, « Du changement dans mon dressing » (Améthyste Éditions), la modeuse engagée donne des conseils pour s’habiller en conscience. A suivre tout particulièrement, sa théorie perso : opter pour le minimalisme dans son dressing. Un vêtement, plusieurs options. Pour savoir si vous devez garder ou pas une pièce, c’est simple : vous devez réussir à la porter une dizaine de fois dans l’année… sinon elle n’a pas sa place dans votre vestiaire.
- A contre-courant de la fast-fashion, Anne Montecer du compte @anne_dressingideal, donne dans son livre « Le dressing idéal » (Éditions Leduc) ses astuces pour chiner les bonnes pièces selon les saisons et donne de nombreuses pistes pour créer des tenues « powerful ». Des tenues, aux matières clean évidemment, dans lesquelles on se sent tout simplement invincibles et complètement en dehors des diktats de la mode !
- Enfin, une idée originale pour cacher les taches sur les langes de bébé et surtout sur tous les t-shirts en coton imaginée par Aline Gubri de @consommonssainement et auteur de « La récup’ facile » (Éditions Leduc) : la teinture. Mais surtout pas avec des colorants chimiques, hyper-polluants et tant redoutés par la planète. Aline Gubri a eu la bonne idée de teindre naturellement les tissus avec des épluchures (peau d’oignon jaune ou rouge, betteraves ou fanes de carottes) et du vinaigre blanc. L’idée étant de récupérer les pigments naturels des fruits et légumes ! Une initiative pratique et écolo.
La Mode serait-elle une grosse consommatrice d’énergies fossiles ?
Pétrole, charbon, gaz… on ne pense pas à ces matières premières quand on pense mode. Et encore moins depuis que la mode se pare d’atouts « clean » pour nous convaincre qu’elle a changé. Et pourtant…
Combien de marques désormais nous parlent de leur (bonne) conscience écologique ? Ce sont des maisons qui s’opposent à la fast fashion, revendiquent éco-conception et circularité avec des matières premières bio, produites sans épuiser les sols et les travailleurs, ou des matières recyclées ou upcyclées (lyocell, coton recyclé, lin, polyester recyclé), et des packagings exempts de plastique.
La mode se donne bonne conscience

Les 200 marques réunies dans le Fashion Pact, né en août 2019 en large du G7, souhaitent à l’horizon 2050 un impact zéro carbone. Mais pour l’instant, sur le plan de l’énergie, le but est d’utiliser 50% d’énergies renouvelables d’ici à 2025, et 100% d’ici à 2030, pour leurs propres opérations. Ces marques souhaitent aussi encourager leurs partenaires de la chaîne d’approvisionnement à faire de même. Pour l’instant donc, ces marques créent des boutiques éco-conçues, avec des matériaux nobles, un éclairage LED basse consommation et un impact carbone nul. Elles font de même dans leurs bureaux. Et on salue toutes ces améliorations, mais elles peuvent apparaitre comme une jolie façade devant une réalité encore loin d’être totalement vertueuse. Car la majorité des émissions polluantes dues à l’industrie textile ne se situent pas là.
La mode, grosse émettrice de gaz à effet de serre
Selon l’ADEME, l’industrie de la mode émet chaque année 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit environ 2 % des émissions globales. D’autres sources avancent même des chiffres de 4 à 8% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Chiffre qui pourrait monter jusqu’à 26 % à l’horizon 2050, si les tendances actuelles de croissance de consommation ne changent pas. Ces émissions sont liées en grande partie à l’élevage (vaches, moutons), pour la production des matières premières (laine, cuir) mais aussi au transport des textiles et des matières premières qui parcourent des milliers de kilomètres avant de devenir des produits finis.
L’essor du polyester, lié au pétrole

Comme le révélait un rapport de l’association Changing Markets Foundation paru en février 2021, intitulé Fossil Fashion : The Hidden Reliance of Fashion on Fossil Fuels (« La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux combustibles fossiles »), l’utilisation des fibres synthétiques a doublé ces vingt dernières années dans l’industrie de la mode. La plus importante est celle du polyester : 45 millions de tonnes produites en 2020 (contre 24,2 millions de tonnes de coton produites cette même année, source Comité consultatif international du coton). Soit près du double ! Or, 70 % des fibres synthétiques produites dans le monde proviennent du pétrole. Comme il faut 1,5 kg de pétrole pour fabriquer 1 kg de polyester, le calcul est rapide : près de 70 millions de barils de pétrole sont nécessaires chaque année à la fabrication des fibres de polyester par l’industrie textile. Donc, l’industrie de la mode consomme à elle seule 1,35% de la production mondiale de pétrole pour la production de fibres synthétiques. L’envolée récente du prix du pétrole dissuadera-t-elle les groupes de fast fashion de recourir au polyester, qui deviendrait alors moins rentable ? L’avenir le dira.
Une production fortement liée à une électricité issue d’énergies fossiles
Au-delà du polyester dérivé du pétrole, c’est surtout la fabrication des textiles et des vêtements qui consomme énormément d’énergie. Comme le souligne la marque Loom dans un article de son blog intitulé « Du charbon dans le coton », ce sont les machines qui transforment la matière première (coton, lin, laine, polyester) en vêtements qui sont grosses consommatrices d’électricité. L’article cite les machines à filer les fibres en bobines, les machines à carder, d’énormes métiers à tisser, les tricoteuses, les cuves de teinture et même les machines qui envoient de la vapeur d’eau sur les textiles pour leur éviter de rétrécir à l’usage chez le consommateur. Autant d’énormes engins qui nécessitent beaucoup d’énergie, tournent souvent 24h/24, et sont situés dans les pays de production, donc en Asie, où l’électricité est produite quasi uniquement par des centrales à charbon ou à gaz, donc des énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre.
Ce même article donne la répartition des émissions d’un vêtement tout au long de son cycle de vie (hors usage et fin de vie), en croisant des études Quantis et McKinsey :
- Machines : 69%
- Matières premières : 26,4%
- Magasins : 2,5%
- Transport : 2,1%
On comprend donc mieux pourquoi l’industrie de la mode est grosse consommatrice d’énergies fossiles, et que ce n’est pas le transport le principal problème. Que la matière première soit naturelle, artificielle, synthétique ou recyclée, l’immense majorité des vêtements que l’on peut acheter est fabriquée avec une électricité tirée du charbon et du gaz
La production d’électricité via les centrales à charbon, gaz et pétrole, représente environ 65% de l’électricité totale générée. C’est la première cause d’émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Sans une action forte à ce niveau de la production, toutes les bonnes actions des marques de mode pour réduire leur impact paraissent une goutte d’eau dans l’océan.
Une transition difficile
Dans son premier rapport, le Fashion Pact écrit : “Nous promettons aussi d’inciter l’implémentation de modes de production d’énergie renouvelable dans tous les processus de fabrication à fort impact tout le long de la chaîne d’approvisionnement, regroupés généralement sous le Scope 3 (…) Mais, historiquement, cela a toujours été un défi, même pour les plus gros acteurs (de la mode), de réaliser des progrès au niveau du Scope 3, où ils manquent d’influence suffisante et de pouvoir d’achat pour faire passer les systèmes de production d’énergie vers des énergies renouvelables dans les pays producteurs ». A noter : le Scope 3 est le périmètre le plus large de calcul des émissions de gaz à effet de serre lié à la production.
Pourtant, les entreprises qui font produire d’énormes quantités de vêtements dans les pays d’Asie, encore majoritairement soumis aux énergies fossiles, ont le pouvoir d’imposer ou du moins d’inciter des changements.
Le groupe RE100

RE100, qui signifie « Renewable Energy 100 Percent » (100% d’énergies renouvelables), est une initiative du Climate Group pour réunir les entreprises internationales les plus influentes, engagées en faveur d’une énergie 100% renouvelable. Plus de 300 entreprises de mode ont déjà rejoint cette initiative, parmi lesquelles Burberry, Chanel, Decathlon, H&M, Kering, Nike dans le domaine du textile et de la mode. Outre le fait qu’elles appliquent cette norme pour leur propres usines et installations, (bureaux, magasins), ce groupe qui compte également de gros industriels (automobile, alimentaire, biotech, cosmétiques…) tente de faire pression sur les pays où leurs articles sont produits afin qu’ils changent leur politique de production d’énergie et développent les énergies renouvelables.
L’exemple de Nike

Le fabricant de vêtements de sport a lancé un programme d’installations de panneaux photovoltaïques sur les toits de ses locaux. L’équipementier en a déjà doté ses bureaux et ses usines américains, notamment son usine en Oregon. Ses installations aux États-Unis et au Canada utilisent ainsi 100 % d’énergie renouvelable depuis 2020. Le groupe a désormais pour objectif d’influencer ses prestataires, et les gouvernements des pays où ceux-ci sont installées, pour qu’ils fassent de même. Une phase initiale a été initiée au Vietnam avec deux programmes. En 2018, quatre usines situées au Brésil, en Turquie et en Inde, avaient signé pour se fournir en électricité provenant de sources renouvelables. Et 30% de l’électricité consommée par son centre logistique de Taicang en Chine provient de panneaux solaires.
Au Vietnam, les marques font pression
Le Vietnam est le 3e pays exportateur de textile. Fin 2020, un consortium de 29 marques, dont Nike, H&M, Mulberry, Tommy Hilfiger, Calvin Klein et le distributeur américain Target, a envoyé une lettre au Premier Ministre vietnamien afin qu’il autorise les accords d’achat direct d’électricité (direct power purchase agreements – DPPA) entre des vendeurs et des acheteurs privés d’énergies renouvelables. En effet, dans ce régime communiste, l’état a encore le monopole de la distribution d’électricité, hormis quelques programmes de panneaux solaires de petite envergure. Pourtant, le Vietnam est déjà – avec la Thaïlande – un des rares pays asiatiques engagé vers une transition énergétique. Selon la Planification de l’électricité VIII, sur la période 2026-2030, le Vietnam n’installera aucune nouvelle centrale thermique au charbon. Certaines devraient même fermer. Par ailleurs, le solaire et l’éolien devraient représenter 28% de la production nationale d’ici à 2030, 41% en 2045. Cette lettre espère faire pression pour accélérer le mouvement. Une autre, avec la même demande, a été envoyée peu avant au gouvernement du Cambodge.
Comment limiter l’utilisation d’énergies fossiles ?
L’autoproduction d’électricité solaire par les usines
En suivant l’exemple de Nike au Vietnam et en Chine, les groupes pourraient inciter, contraindre ou aider financièrement, leurs partenaires (filateurs, tisseurs, teinturiers…) à investir dans des panneaux solaires pour autoproduire de l’électricité et réduire la dépendance à une production nationale basée sur le charbon et le gaz.
Construire des machines plus efficaces, consommant moins d’énergie.
Des pistes prometteuses existent, pour les machines à teinture notamment. Mais pour les autres, on n’y est pas encore. De plus, qui dit qu’une machine plus rentable n’entrainerait pas une surproduction encore plus importante ? Enfin, cela représenterait pour l’industrie textile d’énormes coûts et investissements, qui ne pourrait pas changer tout son parc de machines d’un seul coup.
Pratiquer une relocalisation énergétique
Choisir des pays partenaires de production en tenant compte du mix énergétique ou relocaliser progressivement la production vers des pays où l’électricité est la moins carbonée : France, Portugal, Europe de l’Est. Mais cela suppose, là encore, des restructurations et des surcoûts, sans compter la création d’infrastructures parfois disparues. De nombreuses marques s’y attellent, et l’autonomie industrielle, vers laquelle tend l’Europe depuis la crise pandémique, va dans ce sens.
Autre argument favorable : le coût des énergies renouvelables a considérablement baissé.
Ces dernières années quand on voit à contrario une envolée durable des prix du pétrole et du gaz depuis un an, si bien que celles-ci peuvent désormais concurrencer les énergies fossiles.
C’est vrai, l’industrie de la mode – comme toutes les industries manufacturières – est encore très largement dépendante des énergies fossiles qui constituent l’essentiel de la production d’énergie dans le monde (65%), et plus encore dans les pays où sont installés sous-traitants et usines. Mais la mode ne pourra pas engager sa transition énergétique, et donc sa réduction de carbone, sans une alliance avec d’autres grosses industries, ce qui tend à se dessiner à travers des projets comme RE100.